5 vins pour 100$ (volume 1)

Lors d’un midi avec les collègues chez Logmein, on discutait du sentiment d’être un peu perdu et intimidé face aux tablettes garnies d’une grande succursale de la SAQ. Je leur ai proposé de faire une sélection de vin, livrée au bureau où tous pourront comparer leurs impressions et aider à comprendre ce qu’ils aiment et aiment moins dans le vin.

Voici donc la première édition de cette sélection! Puisque des gens du bureau de Montréal ont aussi manifesté leur intérêt, j’ai limité mes choix à ce qui était disponible en quantité suffisante sur SAQ.com (plus limitant qu’on pourrait croire quand on a 22 bouteilles à commander) en ce mi-janvier (avec une exception notable pour le dernier de la liste), en essayant un peu de sortir des sentiers battus et de susciter l’étonnement, tout en maximisant le degré de délicieux. Voici donc le volume 1 de cette sélection, en souhaitant les discussions fructueuses!

Alvear Fino en Rama 2012

Je crois fermement que le Xérès ne reçoit pas l’attention qu’il mérite. Le Fino et le Manzanilla font partie des meilleurs vins apéritifs, même si leur goût oxydatif en ​challangera plusieurs. Faites-vous un apéro avec du jamón iberico, des olives et des noix légèrement salées pour apprécier à quel point cet accord est magique. Je l’aime aussi en accompagnement de huîtres, faisant ressortir le côté iodé et marin à la fois dans le vin et dans le mollusque.

Alvear Fino en Rama (Photo SAQ.com)

Fondée en 1729, la maison Alvear est la plus vieille bodega toujours en activité en Andalousie et est toujours propriété de la famille Alvear qui la fondée. Cette charge historique ne les empêche pas d’innover et d’expérimenter, le Fino en Rama añada étant un exemple parfait. Plutôt que de tirer leur vin d’un système de solera, Alvear fait cette cuvée millésimée depuis 1998 et reste un des seuls Fino millésimés dans cette région très attachée à ses traditions.

Cottanera Barbazzale Sicilia Bianco 2016

Avec l’année que j’ai passé en 2018, difficile de ne pas inclure un vin de l’Etna dans cette sélection. Bien que ce soit les rouges qui reçoivent le plus d’attention, les blancs méritent aussi qu’on s’y attarde. Ce domaine, fondé au début des années 1960, exploite 65 hectares de vigne sur le flanc nord du volcan, tout près du fleuve Alcantara. Il s’agit en fait de la limite inférieure de l’appellation en terme d’altitude, avec des vignes situées à 650 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Vignobles de Cottanera au pied de l’Etna, en rouge (Données cartographiques: Julien Marchand, Modèle de terrain: Google Earth)

Celui-ci est fait d’un assemblage un peu atypique pour la région, alliant à parts égales le cattarato local et le viognier. On n’y sent pas le côté caricatural du viognier qui me rebute parfois et le cattarato assure une belle acidité. on ne ressent pas nécessairement toute la salinité que certains blancs entièrements faits de cattarato démontrent , mais il s’agit tout de même d’une belle introduction en la matière.

Château Cambon Beaujolais 2017

Un autre mal-aimé de la culture populaire à cause des excès des années 1980 et 1990, le Beaujolais fait un retour en force depuis quelques années.

Le Château Cambon compte 13 hectares de vignes de gamay, datant de 1914 pour les plus vieilles d’entre elles, situées entre Morgon et Brouilly, dans une zone généralement moins prisée que les crus voisins. Convaincus par le potentiel qualitatif, il fut racheté au milieu des années 1990 par Marcel Lapierre, Jean-Claude Chanudet et Joseph Chamonard (trois grands noms dans la région). Pas de produits de synthèse, très peu de SO2, une viticulture qui fait attention aux détails, comme il se doit pour pleinement exprimer ce potentiel, loin du profil insipide hérité du Beaujolais Nouveau.

Château Cambon (Photo: http://www.bottlerocket.com/)

On est en présence d’un vin plus léger, mais pas moins sérieux pour autant, qui allie un fruité pur avec un petit côté rustique et terreux. Un vrai beau Beaujolais droit, festif à boire légèrement rafraîchi et partagé avec des bons amis, comme il se doit. Faites attention, la bouteille sera certainement vide plus vite que prévu!

Château Rouquette-sur-mer Cuvée Amarante 2015

La Clape est un endroit spécial dans le Languedoc. Ce massif rocheux sis directement sur la côte méditerannéenne non loin de Narbonne connaît la culture de la vigne depuis que les Romains sont passés dans la région. Auparavant une île, elle a été naturellement rattachée à la côte par les dépôts des alluvions de l’Aude au XIVe siècle. Elle a en effet tout pour elle: le soleil du Sud, la brise fraîche provenant de la mer, des vieilles vignes toujours cultivées en bio et une géologie complexe et intéressante.

Les vignes du Château Rouquette à la Clape (Photo: http://www.chateaurouquette.com/)

Le Château Rouquette-sur-Mer exprime ce terroir avec délicatesse et réussit à transmettre cette fraîcheur de bord de mer au sein de ses vins. Il serait facile de tomber dans l’excès et de faire un gros vin sans nuances, mais le domaine réussit à éviter de tomber dans ce piège. Grenache, syrah, carignan et mourvèdre sont assemblés harmonieusement

Pour un peu moins d’une vingtaine de dollars, il viendra relever avec brio une pièce de boeuf aux saveurs asiatiques, le côté épicé du plat et du vin se répondant mutuellement.

Montemelino Grappolo Rosso 2016

Petite dérogation qui a compliqué un peu la logistique de la livraison, mais qui en vaut tellement la peine. C’est de l’Ombrie, cette région méconnue d’Italie centrale vivant dans l’ombre d la Toscane voisine que nous vient ce délicieux assemblage de Sangiovese et Gamay. Vinifié en cuve de béton, puis élevé 6-8 mois en barriques, on est en présence d’un vin de corps moyen, qui fera des miracles à table avec un simple plat de pâtes al arrabiata, l’acidité du sangiovese se mariant parfaitement avec celle de la tomate.

Grappolo Rosso, Azienda Agricola Montemelino

Les produits de Montemelino sont disponibles au Québec en importation privée, via l’agence Les Vieux Garçons. J’ai commandé les deux dernières caisses du Grappolo rosso pour le club de vin, mais surveillez les prochains arrivages!

En avant, vers 2019!

Début 2018, c’était le temps des résolutions. C’est drôle comme le temps passe vite, on se retrouve déjà un an plus tard avec l’impression d’avoir simplement cligné des yeux…! Afin de partir l’année du bon pied, marquons un petit temps d’arrêt pour regarder vers l’année qui vient de passer avant de mieux plonger vers l’avant!

Pour ce qui est d’explorer une région en profondeur, c’est ce qui a occupé la majorité de mon temps. Au début de l’année, je m’étais lancé dans la cartographie des vignobles de l’Etna, après avoir cherché en vain une carte détaillée des contrade. Comme tout être humain curieux, j’ai donc pris sur moi de faire cette carte, en se basant sur le texte de l’appellation, mais j’ai rapidement compris pourquoi personne ne s’était lancé dans ce travail jusqu’à maintenant, même le Consorzio responsable de l’appellation n’a pas mieux…

Bref, je l’ai pris comme un défi personnel et le projet avance somme toute bien, même si l’appellation contient son lot d’incohérences et de contradictions. Un projet de geek, mais pour lequel j’ai la conviction que personne d’autre n’a osé entreprendre, à la grandeur de la planète vin et qui offre des possibilités excitantes pour les années qui viennent!

Les Contrade de Castiglione di Sicilia et Randazzo

Ce projet m’a permis d’aller à la découverte de superbes vins, notamment le Feudo di Mezzo – Quadro delle Rose 2013 de Terre Nere, qui a écarquillé bien des papilles lors de notre souper de Noël (il en resterait 3 à Chicoutimi!!) et un a’Rina 2015 de Girolamo Russo (en magnum!) et le Contadino Rosso 2016 de Frank Cornelissen partagés avec des collègues lors d’un événement à Boston.

Évidemment, le temps étant une ressource finie, ce projet a cannibalisé une bonne partie de mon attention et c’est l’écriture sur ce blog qui en a souffert le plus… Silence radio depuis mi-septembre, c’est pas dont je suis le plus fier… Étant mon propre éditeur indépendant, il n’y a personne pour me pousser dans le dos, avec ses avantages et ses inconvénients! Pour 2019, je ne ne m’engage pas nécessairement à écrire plus régulièrement ici car je sais que le focus peut changer à tout moment, mais je vais certainement faire un bon effort!

Je suis aussi particulièrement content de la place que j’ai fait aux vins du Québec dans ma consommation régulière. Ils se sont forgé une place de choix à notre table pas parce qu’ils sont locaux, mais plutôt parce qu’ils sont délicieux. J’ai pu mettre la main sur quelques bouteilles du Domaine du Nival, de La Cantina et du vignoble de Sainte-Pétronille et même prendre part à une tournée de médias et sommeliers dans les vignobles, à la rencontre d’artisans que je ne connaissais pas encore. Gardez les yeux ouverts pour le Domaine du Fleuve (et son Cabernet Franc!) et l’incroyable Vidal La Roche du Domaine Grand-Saint-Charles.

Pour 2019, pas nécessairement de résolutions précises, je ne crois pas aux changements drastiques, mais plutôt une continuation des efforts mis l’an dernier. Le projet sur l’Etna va certainement déboucher sur quelque chose de publiable (plus à ce sujet très bientôt) et je vais continuer à partager ma passion avec ceux qui veulent bien me suivre, en personne, sur Instagram ou bien Facebook! Allons-y pour une 2019 remplie de découvertes et de partages!

Une IGP, qu’ossa donne?

Depuis 2009, les vins québécois font office d’une certification, que vous avez probablement vu en tant que consommateurs, les “Vins du Québec certifiés”. Or, cette certification devrait bientôt céder le pas à une indication géographique protégée (IGP), un texte de loi qui régit la production de vin au Québec.

L’IGP se veut une suite logique de la certification actuelle. Le producteur dont les vins sont déjà certifiés devrait normalement avoir une transition en douceur vers l’IGP.

Vignbole de la Bauge
Au vignoble de la Bauge

Au final, qu’est-ce que ça va changer pour le consommateur québécois? Probablement assez peu à court terme. La nouvelle appellation permettra aux vins du Québec de se reposer sur une norme basée sur des standards internationaux, ce qui n’est pas directement le cas avec la certification actuelle. L’organisme régulateur, nouvellement indépendant de l’association de producteurs, aura aussi de meilleurs moyens de contrôle et de “répression” en cas de problème.

Mais tout cela est bureaucratique plus qu’autre chose. Il s’agit aussi le premier pas vers une définition plus précise des terroirs québécois. Dans l’appellation initialement proposée, la zone couverte comprend toute la zone qui offre plus de 900 degrés-jours par année. Comme on peut le voir sur la carte, on est en présence d’une zone immense, s’étendant de l’Abitibi jusqu’à La Pocatière…

Source: CARTV

Là où ça vient particulièrement intéressant est le travail, déjà amorcé sous la houlette de Nadia Fournier, de définir des sous-régions cohérentes au sein de ce grand territoire. La base de ce travail est de passer de régions administratives à des régions viticoles qui font du sens sur le terrain, tant au niveau du climat que de la géologie. Les premières ébauches que j’ai pu voir semblent prometteuses et j’ai particulièrement hâte de pouvoir en parler plus longuement!

Le progrès dans le monde du vin est généralement lent et graduel et y ajouter une couche de bureaucratie n’est rien pour arranger les choses. On s’attendait à du progrès d’ici la fin de 2017, mais avec la campagne électorale en cours, le ministre Laurent Lessard a probablement d’autres chats à fouetter.

Présentement, le texte final de l’appellation n’attend que la signature du ministre depuis la mi-mai dernier et les détails sont tous arrangés. Il est maintenant minuit moins une pour que les vignerons québécois puissent revendiquer l’IGP pour leurs vins de 2018… Souhaitons que ce dossier bouge rapidement et que les vins du Québec puissent poursuivre sur leur belle lancée, ces tracas administratifs bien loin derrière eux. 

4 règles pour arrêter d’être intimidé par le vin

Le monde du vin peut paraître intimidant, avec ses allées de bouteilles différentes à la SAQ (mais qui peuvent sembler toutes pareilles!), ses experts qui parlent avec des grands mots et qui sentent plein de choses différentes dans le vin, au-delà du jus de raisin. 

Mais ça n’a pas toujours à être ainsi. Il est possible de se lancer dans le monde du vin sans pour autant se prendre la tête. Voici donc quelques règles que j’aime suivre pour laisser loin derrière moi le côté prétentieux qui a tendance à rebuter certains lorsqu’ils souhaitent découvrir le vin. 

Se trouver des amis

Le vin, c’est tout d’abord un moment de partage. Faire découvrir nos coups de coeurs, se faire surprendre par des amis, passer un bon moment ensemble, c’est l’essence même de ce que devrait être le vin. De plus, ça permet d’ouvrir quelques bouteilles côte-à-côte et de les comparer entre elles, les différences apparaîtront plus nettement.

Les Vinsignifiants en pleine action

Se forcer à la découverte

Facile de tomber dans ses pantoufles et de revenir toujours aux mêmes 5-6 bouteilles. Dans un des marchés où la diversité des vins offerts est la plus grande au monde, c’est un peu triste de ne pas en profiter…! Pour briser ce cercle vicieux, forcez la découverte. Par exemple, lors d’une expédition à la SAQ, assurez-vous d’avoir au moins une bouteille que vous n’avez jamais goûté. En panne d’inspiration?

  • Demandez à un conseiller de vous faire sortir de votre sentier battu.
  • Au lieu de prendre la bouteille que vous connaissez sur l’étalage, choisissez sa voisine sur l’étalage. Elle proviendra probablement de la même région, mais vous fera découvrir un nouveau producteur! 
  • Retournez-vous et choisissez une bouteille dans une section du magasin où vous n’allez pas habituellement. 

Se rappeler ce qu’on aime

Les librairies regorgent de carnets de dégustation, qui invitent à se monter des fiches en décollant l’étiquette, à suivre une méthode structurée et passer 10-15 minutes pour tout remplir. Conséquence, vous aurez probablement abandonné au bout de 3-4 fiches… Préconisez une méthode simple. Vous avez un téléphone cellulaire? Prenez l’étiquette en photo. Vous avez l’application de la SAQ? Scannez le code-barre et construisez une liste de favoris. 

Allez à la rencontre de ceux qui font le vin

Les vignerons sont passionnés par leur métier et la plupart d’entre eux ne demandent qu’à partager cette passion. Profitez des opportunités qui peuvent s’offrir à vous, comme la visite d’un producteur dans un restaurant de la région ou lors d’un salon des vins. 

Michael Marler veille à ses vignes aux Pervenches

Mieux encore, passez leur rendre visite. La scène viticole québécoise est en pleine ébullition et les vins sont meilleurs que jamais. La région de Québec, la Montérégie de même que l’Outaouais regorgent de bons vignobles, il ne faut pas hésiter à aller les découvrir…!

Les vins du Québec en mode 2.0

Il n’y a pas si longtemps, l’idée de servir un vin du Québec lors d’un souper aurait probablement semblé un peu étrange. Au restaurant, il semblait cantonné dans les restaurants touristiques qui se devaient d’avoir un ou deux au verre, puisqu’il le fallait… Or, cette perception est en train de changer, grâce au travail acharné des vignerons québécois et à des vins qui sont meilleurs que jamais. L’engouement pour des cuvées comme celles du Domaine du Nival ou de Pinard et Filles qui se vendent en quelques minutes aurait même été jugé impensable il y a que quelques années…!

Vignoble de Sainte-Pétronille
Vignoble de Sainte-Pétronille

S’il faut trouver quelque chose de positif aux changements climatiques, c’est que certains coins du Québec sont maintenant capables de mener des Vitis vinifera à maturité sur une base régulière. Les nouvelles plantations de pinot noir et de chardonnay se multiplient et certains vignobles pionniers comme Les Pervenches, avec leur parcelle de Chardonnay plantée en 1992, ont des vignes qui arrivent à maturité et leur qualité est meilleure que jamais.

En parallèle, les vignerons aussi comprennent mieux leur matière première et savent mieux garder les vignes en équilibre, produisant des vins de meilleure qualité. Des nouveaux cépages hybrides plus qualitatifs font leur apparition, aussi résistants au froid, mais aussi développés pour leurs qualité organoleptiques. Surveillez notamment les plantations de Marquette et Petite Pearl! L’exemple parfait de ces nouveaux cépages est le Vignoble de Sainte-Pétronille Réserve, car oui, on peut faire du bon vin rouge au Québec, si on ne cherche pas à faire un vin rouge qui se prend pour un autre.

Un projet de meilleure définition des régions vinicoles est aussi en marche, via le Conseil des vins du Québec. Alors que les divisions actuelles sont basées sur les régions administratives, un redécoupage en fonction de la réalité sur le terrain (climat, géologie, etc.) permettra à l’industrie de fermement prendre le virage d’une industrie touristique vers une industrie viticole en bonne et due forme. On a en a eu un aperçu lors du Salon Accords 2018: Vins et Fromages du Québec, et il semble porter la marque du sérieux et du professionalisme dont fait toujours preuve Nadia Fournier, qui a été mandatée pour piloter ce projet.

Et avec la modification à la loi qui permet la vente de vins québécois en épicerie, l’accès à ces vins est plus facile que jamais. Ceci dit, ce n’est pas dans les grandes chaînes que l’offre est la plus alléchante, mais dans des petites épiceries spécialisées qui choisissent de garder un stock plus limité, mais trié sur le volet. Je pense ici à William J. Walter à Québec et JA Moisan à Québec, et Boire Grand sur Fleury et le Comptoir Ste-Cécile à Montréal. Il n’y en a probablement d’autres que je ne connais pas, mais ces jeunes entreprises dynamiques ont compris l’engouement du public pour les vignerons québécois qui font bien les choses.

On est définitivement en train d’assister à une nouvelle vague dans l’industrie, une nouvelle génération qui arrive et qui construit sur le travail de débroussaillage fait depuis le début des années 1980. Le progrès effectué au cours des dernières années est impressionnant et la suite s’annonce tout aussi brillante.