Il faut avoir du guts pour appeler son vin The Supernatural, embouteiller le tout dans une bouteille champenoise, la fermer avec une couronne métallique (comme une bouteille de bière) et la présenter dans une étiquette qui ressemble à ça:

The Supernatural

En plus, en lisant un peu plus, on apprend que cette cuvée est faite à 100% de sauvignon blanc, dans un domaine de 4.5 hectaures situé dans l’un des terroirs les plus chauds pour ce cépage en Nouvelle-Zélande. Au niveau technique, on est dans le courant des vins natures (certification bio, levures indigènes, très faible SO2 à la mise en bouteille…). Pas étonnant que ça soit importé ici par Ward et Associés, c’est très en ligne avec le reste de leur portfolio.

Vignoble de The Supernatural (Photo: http://www.andco.co.nz/)

Vignoble de The Supernatural (Photo: http://www.andco.co.nz/)

Cette bizarre de créature vient d’arriver sur les tablettes de la SAQ dans un récent arrivage Cellier et a fait tourner bien des têtes. Par contre, n’eut été du commentaire de Nadia Fournier, je serais probablement passé à côté, n’étant pas généralement fan du caractère herbacé de ce type de vin…

Dans le verre, on a affaire à un vin qui en mène large, qui est plutôt loin de l’expression classique du sauvignon blanc néo-zélandais. On est plutôt sur des notes de fruits tropicaux et de miel. Oui, il y a une petite pointe de verdeur lors de l’ouverture de la bouteille, mais celle-ci se dissipe bien vite dès que le vin prend un ou deux degrés dans le verre. La bouche est mûre et ample, sans doute à cause du long élevage sur lies que ce vin a subi. C’est un vin qui a sa place à la fin de l’été, lorsque les soirées commencent à rafraîchir plus vite qu’on le souhaiterait…

Bref, un vin qui permet de sortir du portrait plutôt uniforme dépeint par plusieurs vignerons du pays des kiwis, et pour le mieux!


Lundi matin, j’ai rendez-vous avec Véronique Hupin, du vignoble Les Pervenches à Farnham. En arrivant sur place, je trouve un écriteau tout simple dans la porte: « Nous sommes présentement au champ. Appelez-nous avec le walkie-talkie ou klaxonnez! » Ça annonçait une rencontre en toute convivialité et j’admets que j’avais bien hâte d’enfin croiser l’autre moitié du duo qui produit selon moi le meilleur vin au Québec…!

Lorsque Véronique Hupin et son conjoint Michael Marler on mis la main sur le vignoble en 2000, c’était d’abord et avant tout pour ses vignes de chardonnay plantées en 1992. Cultivé en bio depuis 2005 et certifié en biodynamie depuis 2007, ce choix était une évidence pour le couple, malgré les défis particuliers que pose la culture de la vigne au Québec. Au total, les trois hectares de vignes produisent environ 17 000 bouteilles annuellement.

Triée de sa séance de désherbage, on retourne illico se promener dans les vignes, pour constater l’avancement du millésime 2015. Le chardonnay et le seyval se portent très bien et le zweigelt, qui forme une cuvée particulière depuis le millésime 2014 semble avoir plutôt bien survécu au gel du 30 mai et au mois de juin gris et pluvieux. À date, tous les espoirs sont permis pour avoir une belle réussite en 2015.

Tout au fond du vignoble, adossé au bois se trouve la parcelle Le Couchant, d’où provient la cuvée phare du domaine. C’est là qu’on retrouve les plus vieilles vignes de chardonnay, plantées en 1992. Le sol y est principalement argileux, avec une bonne dose de cailloux. En s’approchant de la route, le sol devient plus sablonneux, ce qui permet de bien drainer la pluie qu’on a souvent pendant nos superbes étés québécois. C’est là qu’on retrouve la parcelle Les Rosiers. Entre les deux, le seyval et quelques rangs de pinot noir. Sur le bord de la route, des jeunes rangs de pinot gris (qui ne sont pas vinifiés encore).

Le vignoble des pervenches

Le vignoble des pervenches. Au fond, près du bois, Le Couchant et au centre-gauche de la photo, Les Rosiers.

On ne va pas aux Pervenches pour être renversé par les installations et le côté spectaculaire de la salle de dégustation, même si on y fera assurément une rencontre avec quelqu’un de passionné par les produits du domaine… Les efforts sont définitivement mis dans les vins et dans le vignoble, impeccablement tenu.

On y offre en dégustation présentement le Seyval-Chardonnay 2014 de même que le Chardonnay Les Rosiers 2014, les seuls produits du domaine qui ne sont pas sold-out au moment d’écrire ces lignes. Le premier est un blanc rafraîchissant, droit et élégant, qui servira de preuve à tous ceux qui disent qu’on ne peut rien faire de bon avec un cépage hybride. L’assemblage change à chaque année afin de garder une continuité dans le style. Le second, composé à 100% de Chardonnay, rivalise avantageusement avec les autres chardonnays de climat froid. Il sait allier à merveille le côté fruité du chardonnay lorsqu’il est cultivé dans un climat frais, élevage et minéralité.

Si vous le pouvez, tentez de garder quelques bouteilles de côté: ce sont des vins qui vieilliront certainement admirablement bien. Véronique mentionnait que des fioles de 2003 se portent encore très bien, même si le style (et le climat au Québec!) a passablement évolué depuis ce temps.

J’ai aussi eu la chance de goûter au Chardonnay Le Couchant 2014, tiré de la cuve qui a été assemblée il y a à peine une semaine. Contrairement au 2013 où l’élevage était bien marqué, ce qui ressort de la cuvée 2014 est une formidable énergie. La bouche allie à la fois puissance et élégance et semble interminable.

La mise en disponibilité est prévue en septembre prochain; marquez vos calendriers et prévoyez une petite visite à Farnham…!


Ainsi, à la fin d’un souper al fresco lors d’une chaude soirée d’été la semaine dernière, il me restait un peu  du vin ouvert pour accompagner les crevettes grillées sur le barbecue, le I Fiori Nuragus 2013 de la maison sarde Fratelli Pala.

Il faisait beau et chaud, la température parfaite pour apprécier la vivacité de ce vin. On ne se sentait pas tout à fait en Sardaigne, mais presque…! Le nez est généreux, mêlant fruits à chair blanche et fleurs de pommiers. La bouche suit le même moule, ample et qui en donne beaucoup. Décidément, on est en présence d’un beau vin, qui va à l’encontre du résumé que Wine Grapes fait de ce cépage: Ancient, fertile and genrally unremarkable Sardinian [grape]… Comme quoi un producteur sérieux peut faire des belles choses avec des cépages moins prestigieux…!

Pala I Fiori Nuragus 2013

Pala I Fiori Nuragus 2013

Le souper terminé, je décide de reboucher la bouteille et de garder le reste pour le lendemain. J’entends toutefois mon voisin discuter sur la terrasse, et je le sais amateur de vin. Pour allonger la soirée, je décide de lui offrir de goûter, pour recueillir ses impressions en prévision de l’écriture d’un billet. Après un moment de questionnement (j’avais servi le tout à l’aveugle!), de surprise (quoi? c’est juste 16.70$ ?!?) et d’appréciation, la conversation dérive et la bouteille se vide tranquillement…

La vraie nature du vin, c’est d’être partagé en bonne compagnie.

Note:  Merci à Elixis Vins et Spiritueux pour la bouteille reçue en échantillon.


Secateurs Red (Photo: SAQ.com)

Secateurs Red (Photo: SAQ.com)

Je dois l’admettre d’emblée, je ne suis pas habituellement un fan des vins de l’Afrique du Sud, n’ayant jamais eu vraiment de vins qui sont venus me chercher par les tripes (à l’exception notable du Vin de Constance). Ceux que j’ai goûté m’ont souvent parus lourds et sans grande finesse.

Je vais devoir par contre revoir cette idée préconçue car j’ai été réellement emballé par la cuvée Sécateurs Rouge de A.A. Badenhorst Family Wines. Formé chez Angélus et chez Alain Graillot, André Adriaan Baddenhorst a visiblement fréquenté les bonnes écoles.

On est ici en présence d’un assemblage principalement de Shiraz (55%) et de Cinsault (32%), avec le reste de la salade de fruits du domaine, soit du Cabernet Sauvignon, de la Tinta Barroca, du Pinotage, de la Grenache et du Mourvèdre, le tout cultivé en bio. L’élevage se fait en cuves et en foudres pour 12 mois avant d’être embouteillé après une légère filtration. Le vigneron cherche ici à donner une ampleur au vin plutôt qu’à chercher à extraire des notes boisées.

Au final, on a le vin parfait pour le barbecue cet été, avec des notes généreuses de fruits rouges – fraises, cassis – et d’épices, mais surtout une fraîcheur tout à fait bienvenue autour du grill. En bouche, les tanins sont bien arrondis et s’étire dans une longue finale. Il saura charmer à la fois les amateurs des vins du Nouveau Monde par sa générosité et ceux qui ne jurent que par l’Europe par sa fraîcheur.

On retrouve aussi sur les tablettes de la SAQ les deux vins blancs du domaine à base de Chenin Blanc: Sécateurs et le Badenhorst White Blend. S’ils sont à l’image de ce Sécateurs rouge, on sera définitivement devant un domaine gagnant!

 


Situé à peine à peu près à mi-chemin entre Montréal et Toronto, le Comté de Prince Edward est en train de se faire un nom pour sa production vinicole. Principalement connu par les touristes pour la beauté de la plage de Sandbanks, une quarantaine de vignobles ont fait leur apparition depuis une quinzaine d’années. Leur plus grand atout: un sol argilo-calcaire et un climat idéal: un îlot de chaleur tempéré par la présence du lac Ontario. Reconnu par une appellation VQA en 2007, Prince Edward County est une des régions vinicoles les plus prometteuses au Canada.

Quelques vignobles à visiter

La majorité des vignobles est concentrée dans la partie ouest du County, autour de la petite bourgade de Hillier. On est rarement à plus de dix minutes d’un vignoble d’intérêt, alors pourquoi s’en priver!

Note: Il n’y a présentement pas de vins de Prince Edward County disponible sur les tablettes de la SAQ. Quelques cuvées de Norman Hardie se sont déjà frayées un chemin, mais elles sont toutes épuisées.

Grange of Prince Edward

Chez Grange of Prince Edward, on a eu la chance de se joindre à un groupe d’étudiants en sommellerie, en voyage de fin d’études avec mon ami (et leur professeur) Kler-Yann Bouteiller. On a ainsi eu la chance d’avoir une visite de près de deux heures, menée de main de maître par Maggie Belcastro, qui est impliquée dans les opérations du domaine en équipe avec sa mère Caroline Granger depuis près de 5 ans.

Dans les vignes, elle nous parle de son amour pour le gamay, qui pousse comme un charme dans le County et qui reste malheureusement un peu trop méconnu auprès des consommateurs, de son attachement pour la région et son sol si particulier. Elle fait aussi l’éloge de prendre son temps et de savoir où on s’en va; ici, les élevages sont (très) longs et le vin tient bon à cause de sa grande acidité naturelle. Lors de la dégustation, elle mentionne l’importance pour le domaine d’avoir plusieurs gammes de produits et de ne pas négliger l’entrée de gamme – qui se vend 15$ sur les tablettes de la LCBO – au profit d’une grosse cuvée dans les années où la nature est moins généreuse.

Bref, c’est sous le charme que je suis reparti avec 3 bouteilles de Gamay Select 2011, qui fut le produit s’étant le plus démarqué de tout ce qu’on a goûté cet après-midi là. Bonne nouvelle: on pourra se procurer le Cabernet Franc Select sur les tablettes de la SAQ au mois d’octobre prochain.

Les vins de Grange of Prince Edward sont disponibles en IP via Bambara Selection. 

Norman Hardie

Norman Hardie est un des vignerons les plus en vue de la région. Formé en Bourgogne et établi dans le County depuis 2003 après avoir vinifié en Afrique du sud, en Nouvelle-Zélande, en Californie et en Bourgogne.

Norman Hardie County Cabernet Franc

Norman Hardie County Cabernet Franc

On y produit des cuvées venant du County et certaines autres du Niagara, mais les fruits ne sont jamais assemblés puisqu’il cherche à démontrer le terroir particulier de chaque site (à l’exception de la « Cuvée L », une sélection des meilleurs fruits dans les meilleures années). Le chardonnay du County, élevé dans 12.5% de fûts neufs, allie avec précision minéralité et générosité. Le vin que j’ai préféré reste toutefois le Cabernet Franc, un coupe-soif assez efficace. Couplé avec une pizza tirée du four à bois du domaine, c’est tout simplement génial.

The Old Third

Ce domaine dont le premier millésime date de 2008 a un objectif clair: faire le meilleur pinot noir possible. Pour arriver à cet objectif, Bruno François et Jens Korberg ne ménagent aucun effort. Leur vignoble est très densément planté afin que la vigne se concentre sur les fruits plutôt que de faire pousser de la végétation inutilement, toutes les opérations sont faites manuellement et un soin particulier est pris

Le pinot noir est d’une profondeur remarquable et rivalise de complexité avec ce qui se fait de mieux sur l’échelle mondiale. Le millésime 2013 présentement en vente méritera quelques années de garde afin de révéler tout son potentiel. Une cuvée de Cabernet Franc est aussi en barrique et se montre particulièrement prometteuse. Frais et gourmand sans tomber dans les notes de verdeur qu’on retrouve parfois dans les vins issus de ce cépage, on voudra mettre quelques quilles de côté pour avoir beaucoup de plaisir dans 3-5 ans.

The Old Third produit aussi un cidre fait entièrement de pommes Golden Russet. Autant celui de Hinterland est frais et rafraîchissant, autant celui-ci est complexe et long en bouche. Une grande réussite! Les autres bulles produites sont tout aussi spectaculaires, un blanc de noirs qui a passé 36 mois de vieillissement sur lies et qui sera dégorgé sous peu. Encore une fois, finesse, longueur et complexité sont les mots d’ordre.

Un domaine ambitieux qu’il faudra assurément surveiller.

Hinterland

Lors de l’établissement de ce domaine en 2005, les propriétaires avaient une idée en tête: faire des vins qui étaient appropriés à ce que le terroir allait leur donner. C’est après trois ans qu’ils ont décidé de se consacrer uniquement à la production de vins mousseux. Ici, on utilise la méthode traditionnelle (comme en Champagne) ou Charmat (comme pour le prosecco) pour créer l’effervescence dans les vins.

Lors de mon passage, seulement trois produits étaient disponibles pour la dégustation, tous les autres étaient épuisés ou pas encore disponibles. On goûtera au Rosé méthode traditonnelle et n’hésitez pas à repartir avec une bouteille de cidre, craquant de fraîcheur, même si celui-ci n’est pas disponible pour la dégustation à cause de quantités trop limitées…

Hinterland mentionne être représenté au Québec par Société des Vins Fins. Au moment d’écrire cet article, le domaine n’était pas listé sur leur site. 

Closson Chase

Domaine réputé se spécialisant exclusivement dans la production de chardonnay et de pinot noir haut-de-gamme, Closson Chase fait aussi partie des pionniers. La première récolte date de 2004, aussi bien dire la préhistoire pour cette région! Depuis, Closson Chase s’est fait remarquer par la qualité constante de ses vins, qui sont malheureusement disponibles en trop faible quantité…

Vignes de Closson Chase

Vignes de Closson Chase

Du côté des blanc, on pourrait aisément se croire dans la Côte-de-Beaune à cause de la richesse qu’on ressent en bouche. Le pinot noir provenant des vignes du County montre un profil tout bourguignon avec un fruité bien présent et un bel équilibre. Je l’ai nettement préféré au KJ Watson Vineyard, issu du Niagara, qui se montrait généreux, au point où j’avais l’impression qu’il cherchait à impressionner un peu trop à mon goût.

Les vins de Closson Chase sont disponibles en IP chez Sélection Caviste.

Informations pratiques

Où dormir?

Si un des buts du voyage est de visiter des vignobles, choisissez de rester à Wellington. Petit village de 1700 âmes, on y retrouve plusieurs options (comme ici, sur Airbnb). Ceux qui veulent se gâter à l’hôtel choisiront de descendre au Drake Devonshire, nouvel hôtel-boutique sur le bord du lac. Il ne faut toutefois pas bouder son plaisir et profiter de ce superbe espace (et de sa vue sur le lac!) en allant au moins y prendre un verre.

La ville de Bloomfield est aussi un emplacement bien central qui permet de rayonner dans les vignobles aux alentours. Les B&B y sont nombreux et vous pourrez certainement trouver chaussure à votre pied.

Où manger?

C’est bien beau boire du bon vin, encore faut-il manger un peu…! Voici donc en vrac quelques adresses qu’on a pu expérimenter

  • Norman Hardie Winery: On y va pour les vins, mais aussi pour la pizza cuite sur le feu de bois du jeudi au dimanche.
  • Agrarian: Charmant petit bistro de Bloomfield avec un marché de produits frais et un petit bar au sous-sol. On y achète un panier de pic-nic pour aller manger au bord du lac!
  • East&Main: À Wellington, bistro sympathique offrant une jolie carte des vins de Prince Edward County et d’ailleurs. Pensez à réserver!
  • Drake Devonshire: On peut aussi aller manger au Drake et qu’on soit sur la terrasse ou dans la salle à manger, ça sera assurément très bon.