Six lectures pour Noël

Pour rendre l’amateur de vin heureux à Noël, deux manières bien simples. La première est de lui offrir du vin, de ne pas se sentir intimidé et d’offrir une bouteille choisie avec soin. La seconde est de le faire rêver avec un peu de lecture: voici quelques suggestions pour s’y retrouver.

Des guides

Le Guide du Vin 2015

Le Guide du Vin 2015

Tradition annuelle du temps des fêtes au Québec, on reçoit en librairie une nouvelle cuvée des suggestions annuelles des différents chroniqueurs en vin au Québec. En voici deux qui ont retenu mon attention.

Véritable institution, Le Guide du Vin Phaneuf 2015 est maintenant bien mené admirablement bien par Nadia Fournier. Les habitués du maître Phaneuf retrouveront la rigueur habituelle et la clarté des notes de dégustation. Pour sa 34e édition, l’emphase est mise sur un vin remarquable (les fameuses Grappes d’Or) puis sur 6 autres vins qui offrent de bonnes alternatives. Exit la section Autres vins de qualité correcte, qui n’apportait pas grand chose au lecteur…

Cette année, le populaire Philippe Lapeyrie délaisse depuis l’année dernière le format agenda pour se tourner vers un guide plus classique, au plus grand bonheur des lecteurs. Les vins y sont commentés en profondeur en faisant une place de choix aux vins qui permettront de bien boire sans casser la tirelire des enfants. Un style facile à lire, sans jargon, franc et qu’on aime comme l’est le gars dans la vraie vie. Une mise à jour qui vaut la peine par rapport aux éditions précédentes!

Des références

Si vous voulez plaire un fan de géographie comme moi, c’est impossible de se tromper avec L’Atlas Mondial du Vin, de Jancis Robinson et Hugh Johnson. Les cartes permettent de comprendre le contexte régional duquel est issu le vin dans votre verre. Pour les plus branchés, les cartes sont disponibles en version numérique pour les membres du site Purple Pages de Jancis Robinson. Les cartes de la Bourgogne valent à elles-seules l’achat du livre.

Dans le domaine référence, on fait difficilement plus complet que Wine Grapes, un guide complet des 1368 différents cépages commercialement vinifiés dans le monde. Vous ne lirez pas cette brique de 1300 pages d’un couvert à l’autre, mais c’est le premier livre dans lequel vous irez regarder pour obtenir un peu plus d’information sur ce cépage grec obscur que vous trouvez planté sur 3 hectares à la grandeur de la planète. Profils génétiques, informations organoleptiques et statut de ce cépage dans le monde vous donneront toute l’information nécessaire et même beaucoup plus.

Des histoires

Kermit Lynch est un monument dans le monde du vin aux États-Unis. Sa petite boutique de Berkeley lui a servi de tremplin pour aller découvrir les vignobles français dans les années 1980. Mes aventures sur la route du vin relate sa découverte des terroirs et des gens qui les façonnent. C’est aussi son cheminement et la découverte de ce qui le fait vraiment vibrer dans le monde du vin. Lisez-le en anglais si vous le pouvez pour savourer son langage coloré le filtre de la traduction et faites connaissance avec le personnage dans une entrevue qu’il a donné au coloré Gary Vaynerchuk il y a quelques années.

Finalement, il ne faut pas oublier les gens derrière le vin que l’on boit. Dans Summer in a Glass, Evan Dawson nous offre de partir à la rencontre de sa région de prédilection, les Finger Lakes, avec la rencontre d’une douzaine de vignerons. On apprend plus sur eux, sur leurs vins et on a vite envie d’aller à leur rencontre. Ça tombe bien, cette région n’est pas si loin du Québec et est particulièrement agréable à visiter. Laissez-vous porter!

Jouer à l’été

Photo: saq.com

Photo: saq.com

Novembre et début décembre. Il fait froid. Il fait noir. Parfois, on a envie que ça soit l’été.

Pour que ça le soit dans notre verre, l’idéal est de commencer avec la soirée avec un Port-Tonic, l’antidote parfait à ce temps un peu plate.

C’est tout simple. On prend une dose de porto blanc (j’ai pris le Ferreira, disponible à peu près partout et la seule grande maison de Porto qui a toujours été propriété portugaise) à laquelle on ajoute 2 doses d’eau tonique. Points bonus si on prend un tonic artisanal comme le 3/4 oz. tonic maison, un super produit québécois.

Le reste est de laisser aller sa fantaisie. J’aime bien avec un peu de lime et de menthe,  ça rajoute l’acidité parfois manquante dans le porto blanc et un bon coup de soleil.

Pour faire contraste, on sirote le tout devant un feu de foyer en pensant à l’été et aux vacances qui s’en viennent. La saison à laquelle on fera ce drink en quantités industrielles pour tous les amis.

Vins. Collègues. Plaisir.

Ça fait maintenant 6 ans que j’organise une dégustation pour les collègues chez Creaform. Le concept, hérité des organisateurs de la première édition, fonctionne particulièrement bien: 3 vagues thématiques de 3 vins, servis à l’aveugle, jumelés à un questionnaire sans prétention qui permet aux gens de se poser des questions sur ce qu’ils ont devant eux.

Cette année, rebelote à l’exception que je n’ai pas d’abord choisi les thèmes mais qu’ils ont été plutôt modelés autour de vins ou de régions que je voulais faire faire découvrir. Le thème global de la dégustation: On va avoir du plaisir… encore! Complémenté par des charcuteries du Pied Bleu, on a effectivement eu pas mal de plaisir… encore!

Lineup Creaform 2014

Lineup Creaform 2014

En blanc, 3 vins réunis par leur différence puisqu’ils sont composés de cépages blancs autochtones pas particulièrement connus. Chapeau au Vina Gravonia 2004 de Lopez de Heredia qui a su diviser la foule et susciter la discussion par son léger côté oxydatif et son profil de goût particulier. Il n’a laissé personne indifférent (c’était un de mes préférés de la soirée!). Côté rapport qualité-prix, le Poças Corroa d’Ouro remporte la palme. Il en donne vraiment beaucoup pour 13,55$. Entre ces deux, le Moschofilero de Tselepos est un peu passé inaperçu, ce qui est un peu dommage.

Au premier service de rouges, j’ai pu servir côte-à-côte trois vins d’un même producteur, dans les différents niveaux des appellations de la Bourgogne. Les vins de Catherine et Claude Maréchal nous ont permis ce voyage. D’abord, le Bourgogne « Gravel » 2010, puis le Savigny-les-Beaune Vieilles Vignes 2011 et, finalement, le Pommard La Chanière 2011. Même élevage, (presque) le même millésime, la différence dans le verre est liée directement au climat sur lequel les raisins poussent. Une expérience de geek de vin que tous les amateurs de Bourgogne devraient faire. Tous trois présentaient un fruit pur et une complexité grandissante au fur et à mesure qu’on montait dans la hiérarchie. Quelques jours plus tard, tous se portaient admirablement bien, le Pommard ayant gagné en complexité, ce qui augure bien pour ce vin dans quelques années.

BarbarescoDeuxième service de rouges, thématique 20-40-60. Trois vins dont le prix de détail diffèrent par un facteur 3. Tout juste à la barre des 20$, le Sino da Romaneira a fait bonne impression et a confirmé le statut de mine d’or pour les chercheurs d’aubaines pour le Douro. À 40$, le Barbaresco 2009 des Produttori del Barbaresco m’a fait plier les genoux. Carafé rapidement, on a eu la preuve qu’il ira loin. Très loin. Personnellement, à la lumière de ceci et du fait que 2009 est considéré comme un millésime généreux et un peu plus accessible en jeunesse au Piedmont, je ne toucherai pas à mes 2006 et mes 2008 avant au moins l’année prochaine. Pour la bouteille à 60$, je voulais un vin du nouveau monde et je me suis tourné vers le Quatrain 2010 de Mission Hill. Merlot, Cabernet Franc, Cabernet Sauvignon et Syrah, concentré et intense avec une bouteille ostentatoirement lourde. Bien fait, mais je ne paierais pas 60$ pour ça puisque ce n’est pas du tout dans ma palette.

Au dessert, petite exploration dans le monde des vins de Porto. Dans le coin gauche, le Vau Vintage 1999. Dans le coin droit, Barros Colheita 1999. L’assistance est divisée de manière à peu près égale en deux, comme quoi entre Ruby et Tawny, les préférences personnelles prévalent. Mon coeur penche du côté du Barros, un accord sublime avec une petite gâterie venant de chez Chocolats Favoris, un de nos voisins préférés chez Creaform…!

J’ai déjà hâte à la fin-novembre l’année prochaine pour la prochaine édition!

Un douteux mélange des genres

Question quiz: Combien de pages de publicité voyez-vous dans la photo ci-dessous?

Combien de pages de publicité...?

Combien de pages de publicité…?

La réponse plus bas…

C’est dans le magazine Zeste de l’hiver 2014/2015, que j’ai remarqué la chronique intitulée Le compagnon idéal. Mon oeil a d’abord été attiré par les recommandations de la page de gauche. Come on, un Brouilly de Duboeuf pour accompagner le festin du week-end, peut-on faire plus plate et convenu comme suggestion?

C’est en regardant le nom de la chroniqueuse que le flash s’est fait. C’est signé Caroline Dandurand, sommelière. Je ne la connais pas du tout, mais j’ai accroché sur le nom de famille, bien connu dans le monde du vin au Québec. Selon le site de l’Association Canadienne des Sommeliers Professionnels, elle est directrice des communications chez Vins Philippe Dandurand.

En fouillant un peu, on se rend rapidement à l’évidence que les trois autres vins recommandés font aussi partie du portfolio de l’agence. Château Clarke (quand même bien…), Errazuriz Max Reserva (clairement pas dans ma palette) et Tattinger Réserve Brut (que je n’ai pas goûté) composent le reste des suggestions.

La page de droite, qui est clairement une publicité, vante les mérites des vins de Marchesi de Frescobaldi, qui sont tout à fait honnêtes. Ceux-ci sont aussi représentés au Québec par Vins Philippe Dandurand…

J’ai beau chercher dans le magazine, on ne mentionne nulle part qu’il s’agit d’un annonceur, laissant au lecteur le devoir de faire le lien entre la sommelière qui écrit le texte est les suggestions qu’elle y fait.

La réponse à la question du début: il y a donc bel et bien deux pages de publicité dans la photo initiale.

En tant que lecteur, difficile de se prémunir contre ce genre de stratagème… Par contre, une fois démasqué, on se rend rapidement compte que tout le monde est perdant. Le média et l’agence perdent en crédibilité et le lecteur a l’impression d’être floué…

Faire des recherches, à la fois sur le vin et aussi sur l’auteur pour savoir si ses recommandations sont compatibles avec votre palais, reste de loin le meilleur moyen de faire des achats éclairés. Connaissez-vous vous-mêmes, apprenez à connaître vos sources et vous éviterez de tomber dans ce genre de pièges.

NB: Pour le tome 3 de Fou des Foodies, chez qui je signe les chroniques vin, on a reçu des échantillons de Poderi dal Nespoli et un de ceux-ci était digne de mention. Ils ont été clairement mentionnés comme annonceurs à la fin du magazine. Dans le cadre de ce blog, si un vin mentionné est un échantillon fourni par une agence, il est mentionné clairement dans l’article.  

Augmenter la diversité plutôt que le panier moyen

Au cours des dernières années, un des indicateurs que la SAQ a utilisé pour quantifier sa performance est le panier moyen, c’est-à-dire la facture moyenne pour un client pour une seule visite à la SAQ.

Au cours des dernières années, celui-ci a augmenté régulièrement, passant de 41$ en 2010 à 46,19$ en 2014. Cette augmentation est plus importante que celle du prix moyen d’une bouteille sur la même période. Pour les détails, c’est à la page 33 du rapport annuel de la SAQ. Certains diront que les consommateurs québécois cherchent de plus en plus des vins de qualité, d’autres affirment plutôt que la SAQ ne leur donne pas le choix; choisissez votre camp…

La dernière promotion de la SAQ s’intitulant Les producteurs populaires ont encore des vins à vous faire découvrir vise directement ça… On propose au consommateur de découvrir d’autres cuvées de producteurs qui font habituellement bonne figure dans le palmarès des ventes. Ainsi, on vous suggère de remplacer le Meia Encosta (11.85$) par le Meia Encosta Reserva 2011 (17,20$) ou le Errazuriz Fumé Blanc (15.20$) par le Errazuriz Wild Ferment Chardonnay (22,25$)…

Promo SAQ

Je comprends bien la thématique de cette promotion, mais si le but est de faire découvrir aux consommateurs des nouveaux vins, il aurait fait plus de sens de plutôt suggérer des vins au style complémentaire, mais qui pousseront les consommateurs à étendre un peu leurs horizons.

Voici quelques suggestions qui pourront faire découvrir de nouvelles choses aux consommateurs qui souhaitent sortir de leurs pantoufles confortables. Puisque le but est aussi de faire découvrir l’espace Cellier, j’ai tenté de choisir des produits qui y figurent.

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