Petit mardi soir d’été, il fait chaud dehors. Au menu, une petite salade de crevettes, cantaloup et proscuitto. On cherche à sortir un vin qui ne cassera pas la baraque, mais qui en donnera beaucoup pour le prix demandé.
Mon choix s’arrête sur le Scià Bianco Terre dei Trulli 2014, de Podere Castorani, acheté à la SAQ dépôt il y a quelques temps. Cette gamme de vin semble être commercialisée uniquement au Québec et, qui plus est, le blanc n’est disponible que dans les succursales SAQ Dépôt de la province…
Scià 2014
J’aime bien les vins de Podere Castorani, le domaine qui appartient à l’ancien pilote de F1 Jarno Trulli. Leur gamme de produits est particulièrement étendue et la qualité est constante, que ce soit dans l’entrée de gamme ou dans les produits plus dispendieux. Dans The Gazette, Bill Zacharkiw les avait nommés Big wine company of the year dans sa rétrospective 2013…!
Ici les Trulli font référence à ces habitations traditionnelles de la vallée de l’Itria dans les Pouilles et non au patronyme de l’illustre propriétaire de la maison. Cet assemblage de Chardonnay (85%) et de Fiano (15%) reflète bien le côté ensoleillé et lumineux de ce coin de l’Italie.
Trulli – par Dorli Photography
Dans le verre, c’est floral, rafraîchissant avec un petit côté salin qui nous fait penser à l’océan tout proche. L’absence d’élevage en bois laisse toute la place au fruit. Ce n’est certainement pas le vin le plus complexe, mais il est difficile de demander mieux pour 10$ et c’est certainement un vin qui prendra régulièrement place dans mon panier lors de virées à la SAQ Dépôt.
En visite chez une amie, j’ai eu la chance de mettre la main sur le Guide du Vin 1995 de Michel Phaneuf, un classique qui en était alors à sa 14e édition. Outre le fait qu’on y mentionne dans la biographie de M. Phaneuf qu’il tient une chronique sur le réseau Videoway (pour les plus jeunes, regardez ici…), on y retrouve une mine d’informations sur le monde du vin en 1995.
Le Guide du Vin Phaneuf 1995
La publication, aujourd’hui entre les mains de Nadia Fournier, a tracé la voie dans le paysage vinicole québécois et est encore très pertinent aujourd’hui, malgré les deux décennies de distance. Flashback en 1995.
Le vin au Québec
Le portrait vinicole du Québec a bien changé aussi dans les deux dernières décennies. Voici comment M. Phaneuf résumait la situation.
Que boivent les Québécois? Cinq fois plus de vin que de spiritueux, fait unique au Canada. Et beaucoup plus de vin blanc que de rouge, encore que la domination du blanc tende à se résorber (55% en 1993). Les Québécois boivent d’abord du vin québécois, c’est-à-dire ces innombrables vins de table importés en vrac de partout et embouteillés par les vineries québécoises et la Société des alcools. Les vins importés en bouteille ne détiennent que 32% du marché. Globalement, 40% des vins sont vendus dans les épiceries.
Ce qui me surprend le plus, c’est le faible taux de ventes des vins embouteillés directement au domaine (à 32%). Je peux difficilement trouver un chiffre actuel dans le rapport annuel de la SAQ, mais on peut y lire que le chiffre d’affaire tiré du secteur du vin vendu en épicerie (donc, selon la loi, embouteillé au Québec) est d’un peu plus de 10%.
On note aussi le net changement de consommation des vins blancs, passant de 55% à 29.6% en 2016 et ce chiffre même est en augmentation depuis quelques années.
Le marché du vin en 1992 – Source: Guide du vin Phaneuf 1995
La montée des prix
Lorsqu’on tombe sur un de ces vieux guides, un des premiers réflexes est de regarder les prix des vins et de rêver d’acheter des grands vins à des prix modiques. Oui, il y a certainement quelques exemples de prix avant l’inflation causée par la demande mondiale, surtout chez les bordelais: Ausone 1989 à 63$, doit 92$ après ajustement d’inflation, Cheval Blanc 1989 à 121$ (178$ après inflation) ou Palmer 1989 à 76$ (111$ après inflation) et on pourrait continuer à trouver d’autres exemples.
Mais c’est surtout la quantité de vins qui n’a pas tant augmenté qui surprend. La courte liste ci-dessous n’est certainement pas exhaustive, mais donne une bonne idée de ce qu’on peut voir, et ce, dans plusieurs gammes de prix.
Mouton-Cadet, 13,60$ (20,02$ après inflation) vs. 17.05$
J’aime particulièrement les brefs textes qui nous en apprennent plus sur le contexte qui prévalait à l’époque, comme la brève histoire du boycott des vins de table portugais par la SAQ, représenté par une vingtaine de vins, dont seulement quatre au répertoire général.
L’histoire remonte au milieu des années quatre-vingt, alors que, dans son désir de faire tourner sa chaîne d’embouteillage et sentant qu’il y avait de l’avenir dans ce produit, la SAQ tenait mordicus à importer du Porto en vrac. Sauf que les exportateurs de Porto ont dit non en faisant valoir qu’ils souhaitaient désormais cesser ce genre d’activités afin de préserver la qualité et l’image de marque du Porto sur les marchés étrangers.
Depuis, les Portugais tiennent leur bout. La SAQ aussi, en imposant un boycott partiel aux vins de table portugais. Sauf que, par un mystère dont seul notre monopole a le secret, elle continue d’acheter en quantité industrielle des Porto embouteillés au Portugal. Visa le blanc, tua le noir. Et tant pis pour le consommateur qui doit faire les frais des ces chicanes puériles.
Au sujet des vins ontariens…
La qualité moyenne était acceptable, les blancs étant nettement plus intéressants que les rouges. Succombant à la mode mondiale, les vignerons ontariens passent de plus en plus leurs vins dans le bois, histoire de leur donner un goût international, de chardonnay surtout. Tout cela donne des vins techniquement corrects, mais sans originalité et sans esprit. Je suis chauvin, peut-être, mais tout compte fait, je préfère le goût sauvage et individuel des quelques vins de Seyval produits au Québec.
Sur le marché immobilier à Bordeaux… sans traces d’investisseurs Chinois…
Ces derniers temps, l’activité immobilière a été effervescente à Bordeaux et les transactions nombreuses.
Le Château Latour, premier grand cru classé, a été vendu à l’été 1993 à l’industriel français François Pinault des magasins Le Printemps. Montant de la transaction: 690 millions de francs (150 millions de dollars).
Après avoir échoué dans sa tentative d’acquérir le Château Latour, la famille Wertheimer, propriétaire de Chanel, a mis la main sur le Château Rausan-Ségla, deuxième cru classé de Margaux, pour la somme de 240 millions de francs (52 millions de dollars).
Et, pour finir, un texte toujours aussi pertinent sur La menace du prêt-à-boire.
Dans un cercle vicieux apparemment insolubles, producteurs et consommateurs semblent avoir perdu de vue que le seul véritable intérêt du vin réside dans sa diversité, au gré des cépages, des terroirs, des climats et des traditions locales. Étrange paradoxe, au moment où les différentes cuisines internationales n’ont jamais été aussi populaires, on se méfie des vins exotiques, préférant le confort du prêt-à-porter et oublier d’explorer les mille et un sentiers tracés par la vigne dans le monde.
On a tendance à oublier Barbaresco. Lorsqu’on pense à un vin de nebbiolo, les regards se tournent plus souvent qu’autrement vers Barolo, le grand frère situé tout juste au sud-ouest. C’est toutefois-là qu’on retrouve un de mes producteurs préférés, la coopérative des Produttori del Barbaresco.
Vignobles à Barbaresco
Les Produttori, c’est une coopérative qui a fait le pari de la qualité au lieu de la quantité. Ce sont 50 familles qui cultivent un peu plus de 100 hectares de vigne dans l’appellation Barbaresco. Au niveau de la gamme de produits, difficile de faire plus simple: il y a un Langhe Nebbiolo avec les jeunes vignes, un Barbaresco standard et, dans les bonnes années, 9 cuvées riserva provenant de vignobles spécifiques. Le tout commercialisé à un prix particulièrement intéressant.
Le millésime 2012 du Barbaresco vient tout juste d’arriver sur les tablettes et comme à chaque année, j’en mets quelques unes de côté, pour les ouvrir quelques années plus tard. Goûté récemment, le 2006 était encore tout jeune et promettait de bien belles choses pour les deux fioles qui dorment encore en cave.
Produttori del Barbaresco (Photo: SAQ.com)
Bien que le nez se fasse un peu discret à l’ouverture, il prend toute l’ampleur désirée après un bref passage en carafe (ou un peu plus longtemps dans le verre). Ce sont des notes de cerises noires et de kirsch qui sont de l’avant, mais le côté floral et délicat n’est jamais loin derrière. En bouche, c’est serré comme on s’attend d’un Barbaresco si jeune, mais les tanins et l’acidité forment un bel équilibre qui le gardera en vie bien longtemps. Si vous l’ouvrez maintenant, dégustez-le lentement avec une personne qui vous est chère et prenez le temps de le voir évoluer dans le verre. Et vous retournerez en succursale pour aller en chercher une autre avant qu’elles ne soient toutes disparues et accordez-lui le temps qu’elle mérite.
Merci à Oenopole pour la bouteille fournie en échantillon.
Le Clos des Fous, c’est un projet lancé en 2008 (dont le premier millésime commercialisé est 2010) par 4 amoureux du Chili qui ont décidé de faire à leur tête et de démontrer à la planète que les vins chiliens sont tous sauf ennuyeux, industriels, verts et/ou trop mûrs… C’est autour de cette idée que Pedro Parra, François Massoc, Albert Cussen et Paco Leyton se sont regroupés.
Pour le plus grand plaisir de tous, le domaine est bien représenté sur les tablettes de la SAQ, avec pas moins de 5 cuvées. La dernière en lice est Pour ma gueule, un assemblage de Malbec (40%), Pais, Cinsault et Syrah (20% chacun) dont l’étiquette emprunte la typographie classique du domaine mais qui annonce un vin un peu moins sérieux et plus festif que le reste de la gamme.
Fumé, animal et terreux d’abord, le fruit arrive juste ensuite, sous la form de cerises noires un peu surettes. En bouche, l’acidité est bien présente, les tanins, secs et jolie longueur. Le côté légèrement funky viendra peut-être en déstabiliser quelques uns, mais on peut affirmer sans l’ombre d’un doute qu’on est aux antipodes d’un vin ennuyeux! Pour 20$, c’est un achat avisé qui trouvera parfaitement sa place avec les meilleures grillades de dès cet été et pour les quelques années à venir.
Pour la fin de semaine de la fête du Canada, la SAQ offre un rabais de 10% à l’achat de 100$ ou plus. Lorsque ce genre de promotions arrive, on est souvent à court d’idées devant les tablettes remplies de bouteilles et, par habitude, on a tendance à se tourner vers les mêmes vins. Voici donc une petite liste pour faire le plein de vin blanc pour affronter l’été qui s’en vient.
10% sur 100% – 30 juin au 2 juillet
La Biancara Masieri Bianco 2014
La Biancara Masieri Bianco 2014
Pionnier du vin nature en Italie, le vin blanc d’entrée de gamme d’Angiolino Maule faisait partie de l’arrivage de vin nature du printemps 2016 de la SAQ, il en reste quelques bouteilles sur les tablettes. Établi dans la région du Veneto, non loin de Soave, depuis la fin des années 80, ce petit domaine de 9 hectares cultive sans produits chimiques et est définitivement non-interventionniste une fois les raisins entrés au chai. Dans le verre, on a un fruité très pur et délicat, presque cristallin. Servez-le avec un plat de fruits de mer qui permettra d’en faire ressortir un côté salin qu’on ne soupçonne pas initialement!
Cuvée Marie Jurançon 2013
Un classique année après année, la Cuvée Marie de Charles Hours est un des vins du sud-ouest de la France que je préfère. Mon expérience passée avec ce vin montre qu’en jeunesse est très exubérant et qu’il se referme à double-tour au cours de l’année suivante. Mais c’est après quelques années oubliées dans le fond de la cave que ces bouteilles se révèlent sous leur meilleur jour, avec un côté mielleux et légèrement oxydatif que le vieillissement amène. Achetez-en trois bouteilles: une pour boire tout de suite et deux pour la cave!
Ollivier Père et Fils Clisson Muscadet 2011
On voit ici que le Muscadet peut être un vin sérieux aussi, avec une ampleur qui est due à l’élevage sur lies pendant 24 mois. C’est salin, vif sur les agrumes et on se surprend à le boire tranquillement pour en apprécier toutes les nuances. Clisson est une des nouvelles sous-appellations de Muscadet-Sèvre-et-Marne, regroupant des sols granitiques qui favoriseront la longévité de ce vin.
À table, dénichez des huîtres Trésor du Large des Îles-de-la-Madeleine et sortez cette bouteille de Clisson. La brise du large viendra vous frapper de plein fouet, pour votre plus grand plaisir.
Bachelder Mineralité 2012
Bachelder Chardonnay Minéralité 2012
J’en ai parlé précédemment, mais les vins de Thomas Bachelder sont à ne pas manquer. Pour savoir ce que donne le chardonnay dans un climat frais et savoir à quel point le chardonnay goûte autre chose que le bois lorsqu’il est dosé avec soin, mettez la main sur ce nouvel arrivage du Minéralité 2012, en succursale depuis la fin avril, cette fois-ci avec un peu plus d’évolution en bouteille!
Fritsch Grüner Veltliner 2015
Le vin d’été par excellence, le Grüner Veltliner est un cépage autrichien à découvrir si ce n’est pas déjà fait. Pas très aromatique, principalement sur les notes d’agrumes, c’est sa vivacité et sa capacité à disparaître lors des journées chaudes qui retiendront initialement votre attention. Toutefois, prenez garde, les meilleurs exemples crées une accoutumance assez forte et avant de le savoir, vous serez en train de racheter d’autre grüner tellement c’est bon. Si vous n’avez pas peur de ça, le Fritsch est là pour vous.
Amateur de bon vin, de bonne bouffe, mais surtout de découvertes, j'ai fait de Chez Julien mon espace sur le web privilégié afin que vous puissiez me suivre dans mes coups de coeur vinicoles ou mes différents voyages!
(Photo: Catherine Côté)