5 rencontres à ne pas manquer au Salon des Vins de Québec

Pour une visite réussie au Salon des Vins et Spiritueux de Québec, il est primordial de planifier sa visite correctement. Avec 75 000 pieds carrés d’exposants, on peut facilement s’y perdre et ressortir du Salon en ayant l’impression d’avoir manqué un paquet de choses.

Ce que je préfère avant tout, c’est de rencontrer les producteurs, qui se déplacent jusqu’à Québec pour nous faire découvrir leurs produits. De manière générale, ce sont des vrais passionnés et passer un peu de temps en leur compagnie est toujours une opportunité en or pour apprendre. Gros plan sur 5 rencontres à ne pas manquer.

Brigitte Jeanjean

Brigitte Jeanjean
Brigitte Jeanjean

Une habituée du Québec, Brigitte Jeanjean élabore dans le Languedoc des vins dont les marques sont bien connues des québécois, comme le rosé Le Pive (un must à chaque année) ou le Devois des Agneaux. En plus de faire du bon vin vendu à prix raisonnable, Mme. Jeanjean est d’une convivialité désarmante et vous transportera directement dans le sud de la France avec son accent chantant. Elle sera présente toute la fin de semaine au kiosque de Sélect Vins Advini (136) et en conférence le vendredi à 19:00, le samedi à 17:45 et le dimanche à 13:15. Vous n’avez vraiment pas d’excuse pour manquer le passage de Mme. Jeanjean!

Alain Brumont

On a la chance d’avoir à Québec Monsieur Sud-Ouest lui-même, Alain Brumont. Ambassadeur sans pareil de son coin de pays, il est en quelque sorte l’architecte de la résurgence de cette région sur l’échiquier vinicole mondial avec le Château Montus et Château Bouscassé. On ira le rencontrer pour goûter à ce qu’il fait chez Montus, mais aussi (re)découvrir ses cuvées d’entrée de gamme (comme son Gros Manseng – Sauvignon), qui selon moi offrent toujours un très bon rapport qualité-prix. On retrouvera M. Brumont fort probablement au kiosque 315, avec les Vins du Sud-Ouest.

Alain Brumont
Alain Brumont

Isabelle Meyer

Isabelle Meyer
Isabelle Meyer

Ici, on rencontre l’Alsace à son meilleur. Domaine familial en activité dans la région depuis 1854, le domaine Josmeyer est une superbe porte d’entrée pour découvrir les terroirs alsaciens. Du frais et délicat La mise du printemps jsuqu’à la complexité des grands crus, tout ce que j’ai pu goûter chez eux valait amplement le détour.

J’ai parfois tendance à négliger un peu l’Alsace et oublier qu’on y fait des grands vins où le terroir y joue un rôle d’avant plan et rencontrer Mme. Meyer au kiosque de Symbiose Vins (116) sera assurément une bonne manière de corriger cette lacune.

Marina Tavares

Les portos de la maison Ramos Pinto ont été parmi mes coups de coeur de mon escapade dans la vallée du Douro en 2014. Le Salon des Vins accueillera cette année Marina Tavares, qui donnera notamment une conférence sur l’importance du terroir dans les vins du Douro, le samedi à 18:30. Même si le Porto est en perte de vitesse constante depuis le début des années 2000, on constatera certainement en discutant avec Mme. Tavares à quel point ce vin est ancré dans l’ADN des gens du Douro et on redécouvrira à quel point ça peut être délicieux! Et ça vous donnera le goût de partir illico pour le Portugal…

 

Gérard Dupuy

Il est facile de mettre la région bordelaise dans le même grand chapeau et de tirer des conclusions hâtives (je sais, je l’ai fait). Profitons donc de l’occasion pour découvrir les petits producteurs bordelais, avec la visite de Gérard Dupuy du Château Beauséjour au kiosque de l’agence Boires. Domaine situé à Puisseguin cultivé en bio depuis la fin des années 1940, on y cultive une vingtaine d’hectares de vignes de merlot, principalement. Une incursion à l’extérieur des grands châteaux traditionnels de Bordeaux qui s’annonce particulièrement instructive.

NB: Il s’agit plutôt de Frédérique Burlot qui sera présente à Québec pour représenter le Château Beauséjour et le Château Langlais, mais qu’à cela ne tienne, la rencontre vaut tout autant le détour!

Ge?rard Dupuy, Château Beauséjour
Ge?rard Dupuy, Château Beauséjour

Closson Chase Pinot Noir Closson Chase Vineyard 2012

J’ai adoré mon passage dans Prince Edward County à l’été 2015: le charme tranquille des petits villages de Wellington et Bloomfield, l’omniprésence du lac Ontario, la gentillesse des habitants. Les vins, issues principalement de chardonnay et de pinot noir ont aussi tout pour plaire.

Vignes de Closson Chase
Vignes de Closson Chase

Goûté sur place, le Pinot Noir Closson Chase Vineyard 2012 vibrait de jeunesse et était plein de fruits rouges, avec une tension et une minéralité évidente. Un beau pinot frais et digeste et qui pourra certainement gagner un peu de complexité avec un court séjour en cave. Coup de coeur, je repars avec une bouteille sans hésitation.

J’ai donc été un peu surpris de voir la rapidité de son évolution en cave lorsque je l’ai ouvert la semaine dernière. Les 18 mois passés en cave avaient complètement transformé le vin: le fruit s’était définitivement placé en retrait au profit de notes secondaires et tertiaires: sous-bois, champignons. La minéralité et l’acidité sont toujours là, bien intégrés dans l’ensemble et le fruit jouait plutôt sa part dans le choeur plutôt que d’assumer le lead vocal. Au final, une jolie bouteille, mais à laquelle j’aurais personnellement donné 7-8 ans de plus si elle m’avait été servie à l’aveugle.

Étais-je tombé sur une bouteille au bouchon légèrement défectueux et pas aussi étanche que voulu? À la lumière des commentaires reçus sur la page Facebook lors de la publication de la photo, je ne le pense pas et on peut se demander à quelle vitesse évoluent les pinots de Prince Edward County de manière générale. Ça mérite clairement plus d’expérimentation et un nouveau passage dans cette région vinicole magnifique!

Douglas Green Cabernet Sauvignon Western Cape 2016

On a fait grand bruit du “retour” des vins à bas prix à la SAQ, certains chroniqueurs en ont fait leur cheval de bataille au cours des deux dernières années, tapant sur ce clou à chaque occasion possible. De mon côté, bien que je crois que le monopole doit offrir ce genre de vin pour satisfaire une certaine demande, ce n’est pas le genre de vin qui me passionne et je suis resté plutôt loin du débat.

Le Douglas Green Cabernet Sauvignon 2016 est un de ces vins nouvellement arrivé sur les tablettes pour combler un trou dans ce segment de prix. L’Afrique du Sud est un pays que je découvre avec de plus en plus d’intérêt au cours des derniers mois, avec notamment les jolis vins d’Adi Badenhorst (Sécateurs Rouge ou blanc ou le superbe The Drifter) et c’est avec une curiosité certaine que j’ouvre cette bouteille.

Douglas Green Wines (photo tirée du site web du domaine)
Douglas Green Wines (photo tirée du site web du domaine)

Douglas Green, un domaine dont l’histoire remonte à 1942 et fut un des premiers négociants en Afrique du Sud. Les vins créés par le domaine ont toujours été dans le registre fruité et facile à boire et, à la dégustation, on voit qu’ils n’ont pas dévié du style initial mis de l’avant par Douglas Green.

Dans le verre, pas de surprises, ni bonnes ni mauvaises. Le vin est moyennement corsé, significativement boisé (par l’utilisation de planches de chêne, selon la fiche technique du domaine), un peu court en bouche, mais pas déséquilibré. Selon mon palais, il manque un peu d’acidité pour qu’on ait vraiment envie d’en prendre un deuxième verre. Point positif, le vin est sec (que 4 g/L, selon le producteur), ceux qui sont sensibles au sucre résiduel et qui aiment ce style de vin moderne trouveront chaussure à leur pied.

Douglas Green Cabernet Sauvignon (Photo: SAQ.com)
Douglas Green Cabernet Sauvignon (Photo: SAQ.com)

Je l’accompagnerais d’une viande blanche grillée ou de pâtes avec une sauce ragù, où la viande prend une place plus importante que la tomate. C’est un style de vin qui plaira certainement à un large public et, en plus, est offert à un prix attractif autour de la barre des 10$.

Échantillon proposé par Société de Vins Fins

 

Deux trous de sécurité majeurs dans SAQ Inspire

Depuis l’année dernière, la SAQ mise à fond de train sur son programme SAQ Inspire pour toutes ses actions marketing. Les points bonis ont remplacé les rabais en argent sur les collerettes et les ventes à 10% seront bientôt remplacées par des offres de multiplication des points Inspire. Les points s’accumulent ainsi assez facilement, mais il est aussi facile pour un personne mal intentionnée d’utiliser les points d’autrui grâce à deux trous de sécurité majeurs.

SAQ Inspire (Photo: SAQ.com)
SAQ Inspire (Photo: SAQ.com)

Depuis quelques semaines, des rapports ont commencé à faire surface, notamment sur le forum fouduvin.ca (spécifiquement dans ce fil de discussion, mais les messages ont été supprimés par leur auteur depuis), que des détenteurs de la carte Inspire se sont fait frauder et ont vu leurs points disparaître du jour au lendemain. Pour certains, il s’agit d’une perte de plus d’une centaine de dollars. La SAQ mentionne avoir reçu les premières plaintes de ce genre à la fin-janvier.

Un des membre du forum a aussi rapporté avoir reçu un sondage par email promettant une récompense de 30 000 points. Après confirmation auprès du service à la clientèle de la SAQ, il a été confirmé qu’il s’agit d’une tentative d’hameçonnage. En observant le courriel d’un peu plus près, on remarque qu’il provient de saq@saqinspire.fr, ce qui aurait dû mettre la puce à l’oreille. On ignore pour l’instant comment son courriel personnel a pu être compromis, mais il confirme que ce n’est pas le même qu’il utilise pour Inspire, ce qui écarte un piratage de la base de données de la SAQ.

Ce sondage a été rapporté comme frauduleux sur la plateforme qui l’hébergeait et n’est plus disponible au moment d’écrire ces lignes. Il est probable qu’il refasse surface ailleurs, par contre.

Courriel frauduleux SAQ Inspire
Courriel frauduleux SAQ Inspire

Il est aussi probable qu’un employé soit à la source d’une fuite d’un numéro de membre, puisque cette information (ainsi que le solde disponible) est affiché dans la caisse enregistreuse lors de la facturation. Cette méthode a même l’avantage de ne faire ressortir que les comptes qui ont un solde intéressant, contrairement au hameçonnage…

Or, une fois qu’une personne malveillante a en main un numéro de membre SAQ Inspire, c’est un jeu d’enfant d’utiliser les points. La manière la plus simple est d’ajouter le numéro dans l’application mobile de la SAQ. Mes tests ont montré qu’il n’y a aucune validation que la carte est bel et bien liée au compte enregistré dans l’application. Par la suite, on n’a qu’à se présenter en succursale et utiliser la version électronique de la carte pour passer à la caisse.

Il est aussi possible pour un employé d’entrer manuellement le numéro Inspire dans la caisse enregistreuse, lui donnant accès au solde de points au même titre que s’il venait de scanner la carte d’un client. Il n’est pas non plus impensable qu’un algorithme permettant de deviner des numéros de membre ait pu être mis au point, même si cette éventualité est plus improbable.

La récente attention médiatique sur ce problème a fait en sorte que les caissiers doivent maintenant demander une pièce d’identité pour toute transaction qui implique plus de 20 000 points (une valeur de 20$) et ce, depuis aujourd’hui. Avis aux couple qui utilisent chacun une carte, le compte SAQ ne possède l’information personnelle d’un de vous deux, il est possible que l’un d’entre vous ne puisse pas échanger vos points.

Il serait assez simple techniquement de régler les deux trous de sécurité mentionnés ci-haut. Dans le cas de l’application mobile, il suffirait de valider que le courriel attitré à la carte que l’utilisateur essaie d’ajouter est bel et bien liée au compte saq.com enregistré dans l’application et, éventuellement, redemander le mot de passe de ce compte. Une mise à jour de l’affichage aux caisses ne permettant pas de voir le numéro complet de la carte permettrait aussi d’éviter les fuites provenant de cette source.

La SAQ mentionne aussi qu’il n’est pas exclu que le système soit sécurisé par un NIP, ce qui ajouterait une couche de sécurité lors du retrait des points.

Si vous observez un movement anormal de votre solde Inspire, veuillez contacter le service à la clientèle de la SAQ.

Somewhereness: l’esprit des lieux

La langue anglaise a cette capacité de se prêter sans effort aux néologismes. Parmi ceux-ci, le joli Somewhereness, tiré de Making Sense of Wine, de Matt Kramer. Somewhereness, c’est ce qui nous permet d’identifier qu’un tel vin vient d’un tel endroit, qu’il a été fait dans des conditions particulières. C’est ce qui me rend heureux dans une bouteille de vin.

On ne peut pas faire semblant, avec l’esprit des lieux (somewhereness). On ne peut pas le fabriquer. En fait, on ne parvient même pas à en comprendre la source. Mais quand on goûte un vin qui l’exprime, on le sait tout de suite.  – Matt Kramer, Making Sense of Wine.

C’est autour de ce terme porteur qu’une douzaine de vignerons de la péninsule du Niagara se sont regroupés afin de faire connaître leur région. Montrer ce qui rend cette région coincée entre le lac Ontario et le Niagara Escarpment unique. Montrer vers où une région somme toutes assez nouvelle sur l’échiquier mondial peut faire de mieux lorsque les meilleurs producteurs tirent dans la même direction, sans pour autant renier l’individualité de chaque domaine et l’unicité de chaque vignoble.

Ce groupe était à Québec en ce joli lundi de février, pour faire goûter l’esprit du Niagara aux sommelier et aux médias de Québec, avec, en prime, une dégustation à l’aveugle menée par la toujours aussi inspirante Véronique Rivest.

Au menu, une vague de riesling inspirants qui ont su combiner avec brio dans le même verre sucre et acidité, dans un impressionnant exercice d’équilibriste. Un joli tir groupé dans lequel le Cave Spring Riesling CSV 2010 s’est démarqué par sa complexité et sa grande buvabilité. Il s’agit du genre de vin qu’il est très difficile de recracher lors d’une dégustation… Même si les taux de sucre atteignaient jusqu’à 15 g/L (pour le Charles Baker Picone Vineyard 2013), on ne les goûtaient presque pas puisque le vin possède cette acidité qui garde la bouche bien vive.

Du côté des chardonnays, c’est la fraîcheur du climat que les vignerons mettent de l’avant dans le verre, dans un formidable tir groupé. Dans les trois verres, toujours un équilibre entre l’ampleur d’un chardonnay bien mûr, d’un élevage discret et bien maîtrisé et de la fraîcheur du climat ontarien. J’ai eu une faible préférence pour le County Chardonnay 2013 de Norman Hardie, qui avait un petit extra de vitalité, quoique le Saunders Vineyard 2013 de Bachelder et le Tête de Cuvée 2011 de Hidden Bench n’étaient pas loin derrière. En pirate dans cette vague, le Meursault Vieilles Vignes 2014 de Buisson-Charles, complétait la vague avec brio.

Du côté des pinots, le Pinot Noir Essence 2011 de 13th Street a su regarder le Savigny-lès-Beaune 1er Cru la Dominode 2013 de Pavelot droit dans les yeux, même s’il lui concède près de 15$ au niveau du prix. Présentés dans le salon qui a suivi la classe de maître, le Wismer-Parke 2014 et le Lowrey 2014 de Bachelder (deux vins vinifiés de manière rigoureusement identique) sont du genre à faire plier les genoux et valent amplement les 45$ demandés, lorsqu’ils arriveront en SAQ au courant du printemps. Surveillez les tablettes et demandez à votre conseiller d’en faire venir près de chez vous!

Service de Chardonnay - Somewhereness
Service de Chardonnay – Somewhereness

Les assemblages bordelais ont été ceux qui m’ont le plus laissé sur ma soif, car peu ont pu approcher l’élégance et le classicisme de la Réserve de Léoville Barton 2012, même si je serais curieux de revisiter le Stratus Red 2012 dans de nombreuses années, qui s’est présenté tout d’un bloc aujourd’hui (et qui ne me donnait pas beaucoup de plaisir, pour être bien franc, malgré de belles promesses).

La dégustation montre qu’ils se comparent sans complexe avec ce qui se fait de mieux sur la planète, au niveau du riesling et du chardonnay à tout le moins. J’en ressors en me demandant pourquoi je n’ai pas plus de vins ontariens en cave, un sentiment que j’éprouve rarement avec autant d’intensité en sortant d’une activité vinicole.