Entre Istanbul et Constantinople

Québec – Montréal – Francfort – Istanbul. Seulement 13 heures de déplacement à cause de la courte escale de 55 minutes à Francfort.

Agent de bord: Vous allez être correct, ils sont bons dans les transferts rapides à Francfort
Nous: Air dubitatif…

Évidemment, ce qui devait arriver arriva. Dix minutes de retard, une course effrennée dans l’aéroport et pas de valises à notre arrivée à Istanbul. Elles nous seront livrées le lendemain à l’hôtel.

Finalement, ce ne fut pas une mauvaise chose puisque nous étions moins chargés pour prendre le tramway. Car à Istanbul, ville qui est passée de 1.5 millions à 12 millions d’habitants dans l’espace de 30 ans, les transports en commun peinent à suffire à la tâche. Même dans le milieu de l’après-midi, le tramway est bondé.

Direction centre-ville, on descend vers le quartier Kücükayasofya (Petite Hagia Sophia), nommé d’après l’église construite par Justinien en 532, avant de se lancer dans la construction de Hagia Sophia. Un beau petit quartier principalemant résidentiel près de la mer de Marmara, bien vivant. Le dimanche soir, des familles sont attablés autour d’un barbecue pendant que les jeunes jouent au foot dans les jardins de la mosquée. Sur la promenade sur le bord de l’eau, des pêcheurs espèrent une bonne prise. Les touristes y sont généralement peu nombreux, ce qui a pour conséquence que les restaurants qu’on y trouve sont familiaux et sans prétention.


On se trouve alors à une courte marche de Sultanahmet, ce musée à ciel ouvert qui contient Hagia Sophia, la Mosquée Bleue, le palais de Topkap? et la citerne de Justinien. Au temps de Constantinople, c’était le centre de la vie de la ville. Maintenant, c’en est le centre touristique.

Il est difficile de passer à côté de Hagia Sophia sans être impressionné. Construite en moins de 6 ans par Justinien, cette grandiose église-devenue-mosquée-devenue-musée ne laisse personne indifférent. Lorsqu’on y pénètre, on se retrouve sous l’immense dôme qui semble si aérien malgré le fait qu’il ait été designé il y a près de 1500 ans. Les mosaïques du IXe et du XIe siècle brillent de tous leurs feux. Heureusement qu’elles ont seulement été recouvertes de plâtre lors de la conversion en mosquée, on peut alors les admirer aujourd’hui. En un résumé simple, il faut avoir vu Hagia Sophia une fois dans sa vie.

En comparaison (inévitable, puisque les deux bâtiments se font face), la mosquée Bleue manque ce petit quelque chise qui rend Hagia Sophia si grande. Les tuiles blanches et bleues sont fort jolies, le dôme est aussi bien haut mais elle ne possède pas cette charge qu’on sent lorsqu’on entre dans sa voisine.

Un peu excentrée mais valant définitivement le détour, l’église Chora (Kariye, en turc) contient un ensemble de mosaïques presque aussi impressionnantes que Hagia Sophia. Datant de 1312, elles aussi ont été miraculeusement conservées. En s’y rendant, on peut aussi admirer les murs de Theodosius qui ont tenu les envahisseurs en respect pendant plus de 1000 ans et qui ceinturent encore la vieille ville aujourd’hui.

Le restaurants attrape-touristes de Sultanahmet nous ont souvent poussé à traverser la Corne d’Or par le pont de Galata pour aller souper. Du côté de Beyo?lu, Karaköy et Ni?anta?i, nous avons pris nos meilleurs repas. Que ce soit les croquettes de zucchini (avec le yougourt à l’aneth!) ou mes pâtes aux asperges de chez Lokanta Maya, le décor épuré et les aubergines et le fromage Halloumi de chez Kantin ou les köftes de chez Asmal? Cav?t, on a pu y découvrir la chisine turque dopée au raffinement d’une grande capitale.

Mais Istanbul, ce n’est pas qu’une ville qui met en valeur son passé. Elle est définitvement moderne et prend les moyens pour le montrer au monde. Sur Istiklal Caddesi, la grande artère de Beyo?lu, toujours noire de monde, on croise plusieurs galleries avantgardistes. Sur le bord du Bosphore, Istanbul Modern occupe une ancienne usine convertie en musée d’art moderne. On dit que la scène underground est effervescente et que les bars sur les toits sont particulièrement populaires, mais on ne l’a pas vérifié par nous-même.

Istanbul est à la fois entre est et ouest, entre historique et moderne. C’est ce qui la rend si fascinante et incontournable.

Un Fleurie qui disparaît trop rapidement

Parfois, lorsqu’on ouvre une bouteille pour accompagner le souper, je me dis que j’ai envie de voir comment il va évoluer sur quelques heures, jusqu’au lendemain. Sur deux jours, on a souvent une meilleure idée de ce que le vin a dans le corps: le nez prend de l’ampleur et se complexifie, la bouche, lorsque bien équilibrée reste droite et aucun élément ne prend le dessus sur les autres.

Parfois, malgré toutes nos bonnes intentions, on cligne des yeux et la bouteille est vide. C’est tout à fait ce qui s’est passé cette semaine après avoir ouvert une bouteille de Fleurie Les Garants 2009 de Pierre-Marie Chermette. Pour documenter, il faut même aller extirper la bouteille vide du bac de recyclage…

Les crus de Fleurie sont traditionnellement reconnus pour leur délicatesse et leur féminité. Moulin-à-Vent, tout juste à côté, offre typiquement des vins plus structurés et un peu plus imposants. Oui, il peut y avoir de la structure dans le Beaujolais. La parcelle des Garants, située tout près de cette dernière, offre le meilleur des deux appellations.

Du fruit rouge à revendre, comme dans plusieurs Beaujolais, mais ça ne s’arrête pas là. Des fleurs et une petite pointe d’épice viennent complexifier le nez. En bouche, l’ampleur de 2009, millésime historique dans la région, se fait sentir. Malgré toute la générosité du fruit, il y a toujours cette acidité rafraîchissante qui garde le tout en équilibre. Cette grande sapidité a fait disparaître la bouteille en moins de deux, nous laissant nous demander pourquoi j’en avais pas acheté plusieurs exemplaires…

Certes, pour plusieurs, payer 26$ pour un Beaujolais frôle l’hérésie. Effectivement, ce n’est pas donné, mais à ce prix, on est parmi ce qui se produit de mieux dans cette région du monde. À Bordeaux ou ailleurs, pour 26$, on est proche du top des appellations…? Poser la question, c’est y répondre…

Avis aux intéressés: au moment d’écrire ces lignes, il n’en restait que 2 dans toute la province… Toutefois, le Fleurie Poncié 2010 est un peu plus disponible. Quant au Brouilly 2010 qui lui est abondant, il m’a un peu déçu, un peu trop bonbon à mon goût. Préférez-lui le simple Beaujolais Les Griottes et prenez le 6$ économisé pour acheter une belle charcuterie!

Vignoble de Sainte-Pétronille

Faire du bon vin au Québec

Faire du vin, au Québec, relève du défi, ou selon certains, de l’inconscience même. Il fait froid l’hiver, l’été est court ce qui fait que les cépages traditionnellement utilisés pour faire du vin n’arrivent souvent pas à maturité. De plus, le consommateur québécois n’est pas particuièrement ouvert aux vins du Québec, même si l’achat local est une considération de plusieurs dans leurs achats. Mauvaises expériences? Préjugés? Vin qui ne cadre pas dans leur goûts?

L’exemple de deux vignobles au Québec nous montre qu’il est possible, avec quelques bonnes décisions, de produire du vin de qualité au Québec et de tenter de plaire au consommateur.

Le vignoble de Sainte-Pétronille

Tout près de Québec, sur l’Ile d’Orléans, se retrouve le vignoble de Ste-Pétronille. En sortant du pont de l’Ile, on tourne à droite pour arriver dans un site spectaculaire, surplombant les fleuve et la chute Montmorency. Cinq hectares de vignes, cultivées depuis 2003 par Nathalie Lane et Louis Denault à la sueur de leur front, desquels sont tirés 6 cuvées.

Vignoble de Sainte-Pétronille
Vignoble de Sainte-Pétronille

Le Voile de la Mariée, un assemblage de Vandal-Cliche et de Vidal, est un beau blanc sec et rafraîchissant, qui sans nécessairement être le plus complexe, peut faire bien des heureux cet été, surtout qu’il se détaille que 15.50$. Pour ceux qui recherchent un peu plus d’ampleur, la Réserve du Bout de l’Ile voit un peu de barrique et provient de vignes plus vieilles.

Aussi, le vignoble a planté il y a quelques années des vignes de riesling, la première expérience avec des vignes vinifera pour le domaine. Cette année, avec le printemps hâtif, ce sont les premières vignes dont les bourgeons ont éclos, avant même les cépages hybrides. Le premier millésime de riesling n’est pas encore commercialisé, une toute petite vendange ayant été faite l’année dernière, mais j’ai déjà hâte de voir ce que ça va donner. C’est tout à fait encourageant pour la suite!

Vignoble Carone

Chez Carone, l’objectif est clair: on veut “repousser les limites de la viticulture et la vinification au Canada.” Sangiovese, Nebbiolo, Pinot Noir et Merlot entrent dans la composition de la gamme Venice, tous cultivés au vignoble de Lanoraie, un peu moins d’une heure au nord de Montréal. On y retrouve aussi de plantations de Cabernet Servernyi (un hybride originaire de Russie) et de Frontenac (que le vigneron veut peut-être arracher…)

J’ai eu l’occasion de goûter au Pinot Noir Venice lors du Foodcamp à la fin avril. Servi en complément de la démonstration moléculaire de Frédéric Laplante de La Tanière, il se mariait bien avec la mousse de perdrix enveloppée dans une gelée de cerises. Cet agencement le plaçait définitivement sous son meilleur jour, car il profitatit de la richesse de ce plat. Seul, il manquait alors un peu de profondeur. Si vous voulez juger par vous-mêmes, cette cuvée est disponible pour 36$ à la SAQ.

La cuvée Double Barrel quant à elle est composée de Cabernet Servernyi et de Sangiovese et passe 12 mois en barriques de chêne américain avant d’être transféré pour un 4 mois supplémentaire en barriques françaises. Il en résulte un vin qui prend de la place, avec l’élevage à l’avant-plan et qui laisse peu de place au compromis. Vendu au prix de 55$, le domaine veut faire un “statement” et cherche à démontrer qu’on peut arriver à des résultats intéressants en rouge au Québec grâce aux progrès de l’oenologie moderne. Toutefois, je trouve que ces choix au niveau de la vinification en font un vin technique, hyper-travaillé et qui aurait pu venir d’à peu près n’importe où au monde. Certains l’aiment bien, mais je dos admettre que ce vin n’est pas pour moi.

L’industrie vinicole au Québec est jeune et plutôt désorganisée. Les expériences du vignoble Carone pourront certainement ouvrir les yeux à certains sur le potentiel vinicole de la Belle Province. Les blancs du vignoble de Sainte-Pétronille pourront démontrer le potentiel d’un vigneron qui s’applique à bien comprendre les cartes qu’il a en main. Pour ma part, je me dois de découvrir de manière plus assidue les producteurs d’ici, qui s’efforcent de faire leur traces dans le chemin pas facile de la viticulture nordique, tout en souhaitant que les vignerons qui s’efforcent de respecter leur terroir obtiennent le succès qu’ils méritent.

Tastecamp-ing in Virginia

Typical conversation, before leaving the office to take part in this year’s Tastecamp.

– So you’re flying to Washington tonight? Do you have any plans for visit around the capital?
– Nope! I’m going there for Tastecamp, a meeting of wine bloggers. We’ll tour the local wineries for the weekend and discover that kind of wine they make there!
– Errrr… People are making wine in Virginia?

Indeed, wine in Virginia. I’ve had the opportunity of discovering the region’s offering along with around forty bloggers from all over the US (with a nice delegation from Québec). The goal of this annual weekend is to meet as many winemakers as possible and taste as much wine as possible during the course of a busy (but oh so fun!) weekend.

One the wine-level, Virginia is a textbook definition of an unknown wine region, but with plenty of potential, at least seen from here in Québec. Unknown, as not many wines make their way north of the border on the shelves of the SAQ (there are only 2 at the time or writing…). Full of potential because the best wines tasted over the weekend were fabulous. But the region lacks some maturity and we felt that many winemakers were still trying to figure out what to do with the cards that were dealt to them.

The main grape varieties planted in Virginia are the red Bordeaux grapes (cabernet sauvignon, merlot, cabernet franc, petit verdot) and, on the white side, viognier. The tell-tale sign that the region is rather young is the numerous experiments that are taking place: malbec, petit manseng, nebbiolo, barbera, syrah… As with every experiment, it’s often hit or miss…

Some great wines

Let’s start by the easy part, the best wines and encounters of the weekend.

The weekend started really strong, with a visit at Boxwood, a winery belonging to the former owners of the Washington Redskins. As you might guess, the winery reflects the ambitions and the means put at the disposition of the winemaker. However, and more importantly, the winery’s lovely setup is not the only reason to visit Boxwood.

Le groupe de Tastecamp, écoutant les explications d'Adam McTaggart, winemaker chez Boxwood
Le groupe de Tastecamp, écoutant les explications d’Adam McTaggart, winemaker chez Boxwood

The wines here show a vision and all strive towards a common goal. The two main cuvées of the winery, Boxwood and Topiary, each aim to be classic high-level Bordeaux blend. With a consultant winemaker like Stéphane Derenoncourt and a touch of good will, results and good wine usually flow. For 25$ at the winery (39$ at the SAQ), it is a good buy (ok, more at the winery than at the SAQ. The rosé would bring summer to pretty much any location and the Trelli’s, a blend that changes from year to year is a bit less complex but very good nonetheless.

Kirsty Harmon, from Blenheim Vineyards
Kirsty Harmon, from Blenheim Vineyards

In 2010, summer was hot. Scorching hot. It made the grapes pushing their maturity levels to the maximum, pushing the sugars up (and thus the alcohol level) and lowering the acidity of the resulting wine, throwing everything a bit out of balance.

This is exactly the opposite of what we were served by Blenheim Vineyards‘ Kirsty Harmon. Her Carbernet Sauvignon 2010 was showing only 13.5% ABV and sells for a mere 20$. Part of this success can be explained that she “picks for acid rather than sugar content”, which allows to keep balance even in hot years. Her motto is “Always overdeliver” and it clearly shows in her bottles. Currently, Blenheim’s wines are not availble in Québec, but I’ll be on the lookout for the bottles of this smiling winemaker if they ever make it north of the border.

However, the highlight of the weekend was without any doubt the visit at Linden Vineyards on Sunday morning. Jim Law is a pioneer and he is the example that all winemakers in Virginia should look up to. The wines were precise, always in balance (even in hot years like 2010 or in really bad years like 2011) and show what the state can do at its best. From the start of the Handscrabble vineyard walk, it was clear that it was the tour of the weekend. It was so good that it deserve its own article…! The Handscrabble Red 2008 (a Bordeaux blend, mainly made from Cabernet Sauvignon) and the Handscrabble Chardonnay 2009 were particularly stellar and I already look forward to sharing it with people I like. No hesitation: these were clearly the best wines of the weekend.

Tastecampers at Linden Vineyards
Tastecampers at Linden Vineyards

Lots of potential, but not quite there

Virginia is looking at Viognier to build its future and making it its signature grape. Those who know me well will remember that I am not a fan of viognier, as I find that the wines are often caricatural and lacking acidity. The virginia version of this grape did not reconcile me that much with the grape, as many of the samples that we had suffered from that lack of acidity.

However, the best ones served over the weekend really good. When it ages, viognier takes a much more interesting flavour profile. It loses its over-the-top floral side and acquires some yeasty notes (not unlike some aged champagne) and much more restraint and balance. Barboursville Vineyards Viognier Reserve 2002 was the best example of this type of wine, along with the Château-Grillet that we got to taste at the BYOB supper (thanks to whoever brought this great bottle!).

Some viogniers that were tasted would have some potential, but were obscured by some winemaking choices. The prime example is this viognier that was Breaux Vineyards Viognier 2010 which was served as an appetizer at the suppoer organized by them. It would have been pretty good except the fact that it was obscured by so much new wood that you could not taste anything else. It is a prime example of what I did not like in many of the wines that we got: the ever-so-present new oak flavours which are sometimes seen as an ingredient in wine rather than an accent brought by how the wine is made. Unfortunately, when a wine spends more than 18 months all in new oak, we can forget most of the fruit’s complexity as it will be hidden behind a thick veil of vanilla and toast.

The last point that I hope will be improved is the rather aggressive use of herbicide under vine rows. In the picture below (click to enlarge), we can see all the damage that was done by Roundup since one of the rows was missed in the background. There are other ways to deal with vegetation competing with vines than flatly killing them like that as we saw at Linden (where they encouraged growth of chicken weed as it kept many other invasive species at bay) or at Tawse during last year’s Tastecamp, where they used clover for the same purpose. Regardless of what is said regarding this practice, I would rather not find that much herbicide in my glass…

Using Roundup. Draw your own conclusions (click to enlarge)
Using Roundup. Draw your own conclusions (click to enlarge)

In the end, I was thrilled (as always) to discover the potential of this region which is rather unknown outside of its borders. If all producers could look up to Linden Vineyards and use that as an inspiration to better understand their terroir and how to use intelligently the tools that is put at their disposal, Virginia would be able to fulfill this potential. Until then, the wine lover who wishes to discover Virginia will need to taste and taste and taste in order to find what suits him. If I go back to Virginia, I know exactly where I am heading first.

Une fin de semaine en Virginie: Tastecamp 2012

An english version of this article is also available!

Conversation typique, avant de partir du bureau pour participer à Tastecamp.

– Tu pars pour Washington ce soir? Que penses-tu aller visiter?
– J’y vais pour Tastecamp. On va passer toute la fin de semaine à explorer le nord de la Virginie et à déguster le vin qui s’y fait!
– Euuuh… Il se fait du vin en Virginie?

Effectivement, il se fait du vin en Virginie et j’ai eu l’occasion de découvrir un portrait de cette région vinicole méconnue en compagnie d’une quarantaine de blogueurs provenant d’un peu partout des États-Unis et du Canada. Le but est de cette fin de semaine est de rassembler plusieurs journalistes et blogueurs dans une région en émergence et de faire rencontrer le plus de vignerons et de déguster le plus de vins possibles au cours d’une fin de semaine. Au final, une fin de semaine chargée, mais particulièrement plaisante!

Au niveau vinicole, la Virginie est la définition parfaite d’une région méconnue, pleine de potentiel mais qui manque de maturité. Méconnue, puisque peu de vins se retrouvent sur les étagères de la SAQ (il y en a seulement 2 au moment d’écrire ces lignes). Pleine de potentiel parce que les meilleurs vins goûtés au courant de la fin de semaine étaient renversants. En manque de maturité parce que j’ai eu l’impression que la région se cherchait et que plusieurs vignerons cherchent encore comment tirer le meilleur de leur terroir.

Les principaux cépages cultivées en Virginie sont les cépages bordelais rouges (cabernet sauvignon, merlot, cabernet franc, petit verdot) et, en blanc, le viognier. Signe que la région est plutôt jeune, les expériences sont nombreuses: malbec, petit manseng, nebbiolo, barbera, syrah… Comme toute expérience, les résultats obtenus sont plutôt hétérogènes.

Des belles réussites

Commençons tout d’abord par les meilleurs vins et les rencontres les plus passionnantes du weekend.

D’entrée de jeu, nous sommes reçus chez Boxwood, propriété d’anciens propriétaires des Redskins de Washington. Les moyens sont évidemment à la mesure des ambitions de la maison. Fort heureusement, l’immobilier n’est pas la seule raison d’aller visiter Boxwood.

Le groupe de Tastecamp, écoutant les explications d'Adam McTaggart, winemaker chez Boxwood
Le groupe de Tastecamp, écoutant les explications d'Adam McTaggart, winemaker chez Boxwood

Les vins montrent une vision et une direction commune. Les deux cuvées principales du domaine Boxwood et Topiary, on vise des assemblages bordelais classiques de haut niveau. Avec un consultant comme Stéphane Derenoncourt et un peu de bonne volonté, on obtient des résultats à l’avenant. Pour 25$ au domaine (39$ à la SAQ), il s’agit d’un achat avisé (ok, plus au domaine qu’à la SAQ). Le rosé ferait apparaître l’été dans à peu près n’importe quelle température et le Trelli’s, un assemblage qui varie d’année en année, au gré du millésime. Toutes des belles cuvées.

Kirsty Harmon, de Blenheim Vineyards
Kirsty Harmon, de Blenheim Vineyards
En 2010, l’été caniculaire a poussé la maturité des raisins à la limite et a souvent donné des vins à haute teneur en alcool, larges et souvent un peu lourds. C’est tout le contraire de ce qu’on a retrouvé chez Blenheim Vineyards, où Kirsty Harmon nous a servi un Cabernet Sauvignon 2010 à 13.5% d’alcool qui se vend 20$. Sa devise: “Always overdeliver”. Un gros coup de coeur pour ce domaine et cette souriante winemaker.

Le clou du weekend est sans contredit la visite de Linden Vineyards dimanche matin. Jim Law est un pionnier en Virginie et il donne l’exemple que tous les vignerons de la région devraient chercher à suivre. Ses vins sont précis, toujours en équilibre et représentent ce que l’état peut faire de mieux. Dès le début de la promenade dans le vignoble Hardscrabble, il était clair qu’il ne fallait pas manquer cette visite. Linden Vineyards fera définitivement l’objet d’un article indépendant, mais j’ai déjà hâte de partager le Hardscabble Chardonnay 2009 et le Hardscabble Red 2008 (un assemblage bordelais à dominance de cabernet sauvignon) que j’ai ramené. Aucune hésitation possible, c’était le meilleur vin du weekend.

Les campeurs dans les vignes de Linden
Les campeurs dans les vignes de Linden

Une région avec du potentiel, mais qui se cherche

La Virginie cherche à se faire un nom avec son viognier. Viginia Viognier, avouez que ça sonne plutôt bien. Ceux qui me connaissent savent que je ne suis pas un fan de ce cépage, que je trouve souvent caricatural et manquant d’acidité. Le version virginienne ne m’a pas particulièrement nécessairement réconcilié avec ce cépage. Toutefois, Barboursville Vineyards a choisi de servir un Viognier Reserve 2002 qui avait perdu son côté floral over-the-top pour faire place à plus de retenue et un côté levuré qui faisait penser à certains champagnes âgés (pour ceux qui avaient un peu d’expérience avec ce type de vin). J’ai bien aimé mon expérience, mais pas assez pour me lancer corps et âme dans le viognier, sauf peut-être le Château-Grillet que j’ai pu goûter lors du souper “Apportez votre vin”.

Lors du souper chez Breaux Vineyards (qui était par ailleurs excellent, on va se souvenir longtemps des pétoncles servies en apéro), nous avons goûté un viognier symptomatique de ce que je n’ai pas aimé de la région: l’omniprésence du bois neuf. Plusieurs vignerons se sont rendus coupables d’usage de barriques comme un ingrédient entrant dans la composition du vin, plutôt qu’un accent amené par l’élevage du vin… Lorsqu’un vin passe 18 mois en barriques neuves, on peut oublier la majorité de la complexité amenée par le fruit puisque ça sera tout masqué par les notes de vanille et de torréfaction apportées par le chêne. C’est bien dommage car souvent, on pouvait déceler que le vin aurait eu bien du potentiel n’eut été de cette épaisse couche de bois…

Finalement, l’autre aspect que j’ai remarqué est l’usage plutôt agressif d’herbicide sous les vignes. Dans la photo ci-dessous, on voit tout le ravage que peut faire le Roundup en contrastant le rang à l’avant-plan avec celui qui a été oublié juste derrière. Malgré ce que certains vous diront, je préfèrerais ne pas avoir ça dans mon vin…

De l'usage du Roundup. Tirez vos propres conclusions. (Cliquez sur l'image pour plus de détails)
De l'usage du Roundup. Tirez vos propres conclusions. (Cliquez sur l'image pour plus de détails)

Au final, j’ai aimé découvrir le potentiel de cette région qui est souvent méconnue à l’extérieur de ses frontières. Il faut que tous regardent vers les producteurs comme Linden et s’en inspirent pour mieux comprendre leur terroir et comment utiliser intelligemment les outils qui sont mis à leur disposition pour produire ce qu’une quarantaine de bloggeurs d’un peu partout sont venus tenter de trouver: du bon vin.