Prince Edward County

Situé à peine à peu près à mi-chemin entre Montréal et Toronto, le Comté de Prince Edward est en train de se faire un nom pour sa production vinicole. Principalement connu par les touristes pour la beauté de la plage de Sandbanks, une quarantaine de vignobles ont fait leur apparition depuis une quinzaine d’années. Leur plus grand atout: un sol argilo-calcaire et un climat idéal: un îlot de chaleur tempéré par la présence du lac Ontario. Reconnu par une appellation VQA en 2007, Prince Edward County est une des régions vinicoles les plus prometteuses au Canada.

Quelques vignobles à visiter

La majorité des vignobles est concentrée dans la partie ouest du County, autour de la petite bourgade de Hillier. On est rarement à plus de dix minutes d’un vignoble d’intérêt, alors pourquoi s’en priver!

Note: Il n’y a présentement pas de vins de Prince Edward County disponible sur les tablettes de la SAQ. Quelques cuvées de Norman Hardie se sont déjà frayées un chemin, mais elles sont toutes épuisées.

Grange of Prince Edward

Chez Grange of Prince Edward, on a eu la chance de se joindre à un groupe d’étudiants en sommellerie, en voyage de fin d’études avec mon ami (et leur professeur) Kler-Yann Bouteiller. On a ainsi eu la chance d’avoir une visite de près de deux heures, menée de main de maître par Maggie Belcastro, qui est impliquée dans les opérations du domaine en équipe avec sa mère Caroline Granger depuis près de 5 ans.

Dans les vignes, elle nous parle de son amour pour le gamay, qui pousse comme un charme dans le County et qui reste malheureusement un peu trop méconnu auprès des consommateurs, de son attachement pour la région et son sol si particulier. Elle fait aussi l’éloge de prendre son temps et de savoir où on s’en va; ici, les élevages sont (très) longs et le vin tient bon à cause de sa grande acidité naturelle. Lors de la dégustation, elle mentionne l’importance pour le domaine d’avoir plusieurs gammes de produits et de ne pas négliger l’entrée de gamme – qui se vend 15$ sur les tablettes de la LCBO – au profit d’une grosse cuvée dans les années où la nature est moins généreuse.

Bref, c’est sous le charme que je suis reparti avec 3 bouteilles de Gamay Select 2011, qui fut le produit s’étant le plus démarqué de tout ce qu’on a goûté cet après-midi là. Bonne nouvelle: on pourra se procurer le Cabernet Franc Select sur les tablettes de la SAQ au mois d’octobre prochain.

Les vins de Grange of Prince Edward sont disponibles en IP via Bambara Selection. 

Norman Hardie

Norman Hardie est un des vignerons les plus en vue de la région. Formé en Bourgogne et établi dans le County depuis 2003 après avoir vinifié en Afrique du sud, en Nouvelle-Zélande, en Californie et en Bourgogne.

Norman Hardie County Cabernet Franc
Norman Hardie County Cabernet Franc

On y produit des cuvées venant du County et certaines autres du Niagara, mais les fruits ne sont jamais assemblés puisqu’il cherche à démontrer le terroir particulier de chaque site (à l’exception de la “Cuvée L”, une sélection des meilleurs fruits dans les meilleures années). Le chardonnay du County, élevé dans 12.5% de fûts neufs, allie avec précision minéralité et générosité. Le vin que j’ai préféré reste toutefois le Cabernet Franc, un coupe-soif assez efficace. Couplé avec une pizza tirée du four à bois du domaine, c’est tout simplement génial.

The Old Third

Ce domaine dont le premier millésime date de 2008 a un objectif clair: faire le meilleur pinot noir possible. Pour arriver à cet objectif, Bruno François et Jens Korberg ne ménagent aucun effort. Leur vignoble est très densément planté afin que la vigne se concentre sur les fruits plutôt que de faire pousser de la végétation inutilement, toutes les opérations sont faites manuellement et un soin particulier est pris

Le pinot noir est d’une profondeur remarquable et rivalise de complexité avec ce qui se fait de mieux sur l’échelle mondiale. Le millésime 2013 présentement en vente méritera quelques années de garde afin de révéler tout son potentiel. Une cuvée de Cabernet Franc est aussi en barrique et se montre particulièrement prometteuse. Frais et gourmand sans tomber dans les notes de verdeur qu’on retrouve parfois dans les vins issus de ce cépage, on voudra mettre quelques quilles de côté pour avoir beaucoup de plaisir dans 3-5 ans.

The Old Third produit aussi un cidre fait entièrement de pommes Golden Russet. Autant celui de Hinterland est frais et rafraîchissant, autant celui-ci est complexe et long en bouche. Une grande réussite! Les autres bulles produites sont tout aussi spectaculaires, un blanc de noirs qui a passé 36 mois de vieillissement sur lies et qui sera dégorgé sous peu. Encore une fois, finesse, longueur et complexité sont les mots d’ordre.

Un domaine ambitieux qu’il faudra assurément surveiller.

Hinterland

Lors de l’établissement de ce domaine en 2005, les propriétaires avaient une idée en tête: faire des vins qui étaient appropriés à ce que le terroir allait leur donner. C’est après trois ans qu’ils ont décidé de se consacrer uniquement à la production de vins mousseux. Ici, on utilise la méthode traditionnelle (comme en Champagne) ou Charmat (comme pour le prosecco) pour créer l’effervescence dans les vins.

Lors de mon passage, seulement trois produits étaient disponibles pour la dégustation, tous les autres étaient épuisés ou pas encore disponibles. On goûtera au Rosé méthode traditonnelle et n’hésitez pas à repartir avec une bouteille de cidre, craquant de fraîcheur, même si celui-ci n’est pas disponible pour la dégustation à cause de quantités trop limitées…

Hinterland mentionne être représenté au Québec par Société des Vins Fins. Au moment d’écrire cet article, le domaine n’était pas listé sur leur site. 

Closson Chase

Domaine réputé se spécialisant exclusivement dans la production de chardonnay et de pinot noir haut-de-gamme, Closson Chase fait aussi partie des pionniers. La première récolte date de 2004, aussi bien dire la préhistoire pour cette région! Depuis, Closson Chase s’est fait remarquer par la qualité constante de ses vins, qui sont malheureusement disponibles en trop faible quantité…

Vignes de Closson Chase
Vignes de Closson Chase

Du côté des blanc, on pourrait aisément se croire dans la Côte-de-Beaune à cause de la richesse qu’on ressent en bouche. Le pinot noir provenant des vignes du County montre un profil tout bourguignon avec un fruité bien présent et un bel équilibre. Je l’ai nettement préféré au KJ Watson Vineyard, issu du Niagara, qui se montrait généreux, au point où j’avais l’impression qu’il cherchait à impressionner un peu trop à mon goût.

Les vins de Closson Chase sont disponibles en IP chez Sélection Caviste.

Informations pratiques

Où dormir?

Si un des buts du voyage est de visiter des vignobles, choisissez de rester à Wellington. Petit village de 1700 âmes, on y retrouve plusieurs options (comme ici, sur Airbnb). Ceux qui veulent se gâter à l’hôtel choisiront de descendre au Drake Devonshire, nouvel hôtel-boutique sur le bord du lac. Il ne faut toutefois pas bouder son plaisir et profiter de ce superbe espace (et de sa vue sur le lac!) en allant au moins y prendre un verre.

La ville de Bloomfield est aussi un emplacement bien central qui permet de rayonner dans les vignobles aux alentours. Les B&B y sont nombreux et vous pourrez certainement trouver chaussure à votre pied.

Où manger?

C’est bien beau boire du bon vin, encore faut-il manger un peu…! Voici donc en vrac quelques adresses qu’on a pu expérimenter

  • Norman Hardie Winery: On y va pour les vins, mais aussi pour la pizza cuite sur le feu de bois du jeudi au dimanche.
  • Agrarian: Charmant petit bistro de Bloomfield avec un marché de produits frais et un petit bar au sous-sol. On y achète un panier de pic-nic pour aller manger au bord du lac!
  • East&Main: À Wellington, bistro sympathique offrant une jolie carte des vins de Prince Edward County et d’ailleurs. Pensez à réserver!
  • Drake Devonshire: On peut aussi aller manger au Drake et qu’on soit sur la terrasse ou dans la salle à manger, ça sera assurément très bon.

Bonnes adresses en Sicile

Le temps passe vite, mais il y a bientôt deux ans nous nous envolions pour une dizaine de jours en Sicile, pour un voyage mémorable. Au programme, quelques jours à Palerme, quelque jours dans le sud-est de l’île et quelques jours autour de l’Etna. Retour sur les bonnes adresses qui sont restées gravées dans ma mémoire.

Où dormir?

Amateurs de vin, vous connaissez probablement déjà le domaine COS, bien présent au Québec depuis quelques années. Vous ignorez peut-être qu’ils opèrent aussi quelques chambres d’hôte à même les installations du vignoble. Petit déjeuner copieux et balade dans les vignes tôt le matin, on peut difficilement demander mieux.

Locanda COS

Locanda COS
SP. 3 Acate-Chiaramonte Km. 14,300

97019 Vittoria RG

Un peu plus au sud, on retrouve la ville baroque de Scicli. Aussi détruite pendant le tremblement de terre de 1693 (qui dévasta tout le Val di Noto), elle est moins connue que les autres villes de la région, mais tout aussi charmante et aussi inscrite sur la liste du Patrimoine Mondial de l’UNESCO. Scicli demeure toutefois pour moi l’emplacement d’un B&B de rêve, tenu par Elisa, qui anime le blog bouffe Buccia di Limone. Le jardin embaume les herbes aromatiques et on voudrait passer toute la journée à la table sous les vignes ou à marcher dans l’oliveraie qui s’étend au pied de la maison. Et tout ça, c’est sans compter Elisa elle-même, qui nous accueille comme des amis. Si le paradis sur terre n’existe pas, cette maison s’en rapproche pas mal…!

Buccia di Limone

Buccia di limone
Réservation sur Airbnb ici: https://www.airbnb.ca/rooms/948644?s=Ondm
ou directement sur le blogue ici: http://www.bucciadilimone.it/p/la-mia-casa-per-voi.html

À Palermo et dans la région de l’Etna, pas de véritable coup de coeur. On a trouvé difficile de réserver un hébergement autre qu’un hôtel sans charme véritable à Palermo (laissez-moi vos meilleurs adresses dans les commentaires!) et la ville de Taormina est jolie mais hyyyyyyper-touristique et notre hébergement était correct, mais pas magique.

Où manger?

SakalleoDe loin, le meilleur repas de tout le voyage fut chez Sakalleo, dans le petit port de Scoglitti. Des crevettes ultra-fraîches, sorties du bateau du restaurant quelques heures auparavant, toutes en simplicité et presque crues. L’essence de la mer dans quelques bouchées. Ensuite, calmars frits, thon, pieuvre et moules ont complété ce festin de la mer que je garderai longtemps en mémoire.

Ristorante Sakalleo
Piazza Cavour, 12, Scoglitti, Vittoria RG

À Scicli, la foule fait la file pour aller manger une pizza de chez Pura Follia. La terrasse donne sur la Piazza Busacca et la vue permet de tolérer l’attente si vous n’avez pas de réservation. Dans l’assiette, la pizza est créative et la croute croquante.

Pura Follia
Piazza Busacca snc, 97018 Scicli, Sicily

Dans la vieille ville de Siracusa, on fait le plein de classiques siciliens et de pâtes particulièrement goûteuses chez Sicilia in Tavola. Si vous avez un endroit pour choisir un plat de pasta alla Norma, c’est probablement ici. En plus, Siracusa est fort certainement sur la liste de tout touriste qui va en Sicile…

On ne manquera pas non plus d’aller faire une petite virée shopping chez Tami’, boutique dans laquelle on peut faire le plein de vin sicilien à tendance nature, de mets cuisinés et de livres et d’objets design. C’est le genre de boutique dans laquelle on peut flâner des heures, et ressortir avec une bouteille de Frank Cornelissen ou d’Arianna Occhipinti (copropriétaire de la boutique). La marque a depuis grandi et commercialise la gamme de vin de négoce d’Arianna, qui commence à être disponible au Québec.

Sicilia in Tavola
via Cavour 28, 96100 Siracusa SR, Italia

Tami’
via Cavour 13, 96100 Siracusa SR, Italia

À Palermo, on s’arrête chez Spinnato pour un granité et une brioche. Oui, c’est une autre adresse touristique que vous trouverez dans tous les guides, mais on y passe un bon temps sur la terrasse. Si l’idée de prendre un chocolat chaud alors qu’il fait 40 degrés à l’extérieur, c’est chez Ciccolato Lorenzo qu’il faut aller. Pour les autres, le détour est tout de même intéressant pour une pause gâteau tout à fait méritée.

Antico Caffè Spinnato
Via Principe di Belmonte, 111, 90100 Palermo

Cioccolato Lorenzo
Via IV Aprile, 7, Palermo, Italy

Anitco Caffè Spinnato

Détails pratiques

Pour s’y rendre, les principales villes européennes sont connectées à Palermo (principalement) ou à Catania, via les principaux opérateurs low-cost. Depuis peu, Ryanair atterrit directement dans le sud-est de la Sicile à l’aéroport de Comiso à partir de Londres (Stanstead) et Bruxelles (Charleroi).

Rendu sur place, la location d’une auto s’avèrera pratique voire essentielle, puisque le transport en commun est minimal dans l’île et le train est au mieux, une vraie farce. Par contre, puisque vous ne voulez pas conduire à Palermo, prendre l’auto à l’aéroport est une sage décision.

Pour les visuels, vous trouverez toutes les adresses sur une carte facile à consulter! N’hésitez pas à ajouter vos propres coups de coeur dans les commentaires si vous avez déjà visité la région!

Vins. Collègues. Plaisir.

Ça fait maintenant 6 ans que j’organise une dégustation pour les collègues chez Creaform. Le concept, hérité des organisateurs de la première édition, fonctionne particulièrement bien: 3 vagues thématiques de 3 vins, servis à l’aveugle, jumelés à un questionnaire sans prétention qui permet aux gens de se poser des questions sur ce qu’ils ont devant eux.

Cette année, rebelote à l’exception que je n’ai pas d’abord choisi les thèmes mais qu’ils ont été plutôt modelés autour de vins ou de régions que je voulais faire faire découvrir. Le thème global de la dégustation: On va avoir du plaisir… encore! Complémenté par des charcuteries du Pied Bleu, on a effectivement eu pas mal de plaisir… encore!

Lineup Creaform 2014
Lineup Creaform 2014

En blanc, 3 vins réunis par leur différence puisqu’ils sont composés de cépages blancs autochtones pas particulièrement connus. Chapeau au Vina Gravonia 2004 de Lopez de Heredia qui a su diviser la foule et susciter la discussion par son léger côté oxydatif et son profil de goût particulier. Il n’a laissé personne indifférent (c’était un de mes préférés de la soirée!). Côté rapport qualité-prix, le Poças Corroa d’Ouro remporte la palme. Il en donne vraiment beaucoup pour 13,55$. Entre ces deux, le Moschofilero de Tselepos est un peu passé inaperçu, ce qui est un peu dommage.

Au premier service de rouges, j’ai pu servir côte-à-côte trois vins d’un même producteur, dans les différents niveaux des appellations de la Bourgogne. Les vins de Catherine et Claude Maréchal nous ont permis ce voyage. D’abord, le Bourgogne “Gravel” 2010, puis le Savigny-les-Beaune Vieilles Vignes 2011 et, finalement, le Pommard La Chanière 2011. Même élevage, (presque) le même millésime, la différence dans le verre est liée directement au climat sur lequel les raisins poussent. Une expérience de geek de vin que tous les amateurs de Bourgogne devraient faire. Tous trois présentaient un fruit pur et une complexité grandissante au fur et à mesure qu’on montait dans la hiérarchie. Quelques jours plus tard, tous se portaient admirablement bien, le Pommard ayant gagné en complexité, ce qui augure bien pour ce vin dans quelques années.

BarbarescoDeuxième service de rouges, thématique 20-40-60. Trois vins dont le prix de détail diffèrent par un facteur 3. Tout juste à la barre des 20$, le Sino da Romaneira a fait bonne impression et a confirmé le statut de mine d’or pour les chercheurs d’aubaines pour le Douro. À 40$, le Barbaresco 2009 des Produttori del Barbaresco m’a fait plier les genoux. Carafé rapidement, on a eu la preuve qu’il ira loin. Très loin. Personnellement, à la lumière de ceci et du fait que 2009 est considéré comme un millésime généreux et un peu plus accessible en jeunesse au Piedmont, je ne toucherai pas à mes 2006 et mes 2008 avant au moins l’année prochaine. Pour la bouteille à 60$, je voulais un vin du nouveau monde et je me suis tourné vers le Quatrain 2010 de Mission Hill. Merlot, Cabernet Franc, Cabernet Sauvignon et Syrah, concentré et intense avec une bouteille ostentatoirement lourde. Bien fait, mais je ne paierais pas 60$ pour ça puisque ce n’est pas du tout dans ma palette.

Au dessert, petite exploration dans le monde des vins de Porto. Dans le coin gauche, le Vau Vintage 1999. Dans le coin droit, Barros Colheita 1999. L’assistance est divisée de manière à peu près égale en deux, comme quoi entre Ruby et Tawny, les préférences personnelles prévalent. Mon coeur penche du côté du Barros, un accord sublime avec une petite gâterie venant de chez Chocolats Favoris, un de nos voisins préférés chez Creaform…!

J’ai déjà hâte à la fin-novembre l’année prochaine pour la prochaine édition!

Douro: Diversité et Assemblages

Sur la scène vinicole, lorsqu’on évoque le Portugal la première chose qui vient en tête est le fameux Porto. La renommée de la région repose en grande partie sur ce vin fortifié. Au Québec (du moins), ce qui attire le plus l’attention depuis quelques années est la qualité et le bon rapport qualité-prix des vins provenant de la vallée du Douro.

Inscrite sur la liste du Patrimoine Mondial de l’UNESCO depuis 2001, il est presque inutile de chercher des adjectifs qui pourront transmettre avec justesse la grandeur du paysage. Allons-y avec dramatique et spectaculaire mais laissons plutôt les quelques photos ci-dessous parler d’elles-mêmes…

Séparée en 3 principales zones (Baixo-Corgo, Cima-Corgo et Douro supérieur), les vins possèdent l’appellation Douro. Pourquoi pas plus précis? Dans la majorité des cas, les vignes des différents domaines s’étendent sur un dénivelé de 600 mètres, avec des orientations couvrant trois points cardinaux différents. La vallée s’étendant sur près de 150 km, sans compter les quelques affluents qui sont aussi plantés, c’est impossible d’envisager une documentation bien précise des parcelles avant quelques siècles… Ce sont les domaines qui sont mis de l’avant plutôt que les différentes parcelles comme dans le modèles bourguignon ou certains domaines américains qui font de plus en plus des cuvées Single Vineyard.

La force de la région du Douro, que ce soit au niveau de ses vins de table ou de sa production de Porto réside dans un savant mélange de cépages et de ces terroirs. Aux cinq cépages principaux (Touriga Nacional, Touriga Franca, Tinta Roriz, Tinta Barroca et Tinta Cao) viennent entre autres s’ajouter du Sousāo, de la Tinta Amarela, de la Tinta Francesa (Grenache) et du Baga, comme autant d’épices qui apportent une profondeur à une cuisine.

Dans les plus vieux vignobles, tous ces cépages se retrouvent même pêle-mêle et peuvent contenir une trentaine de cépages différents. Même si les différents cépages vont arriver à maturité à des moments différents, les domaines les traitent la plupart du temps ensemble, vendangeant cette section du vignoble lorsque la maturité moyenne est adéquate.

Vieilles vignes de variétés diverses
Vieilles vignes de variétés diverses à la Quinta do Seixo

Dans toute cette diversité de terroirs et de cépages, est-ce qu’on retrouve quand même une direction commune? Certainement, grâce au talent d’assemblage que possèdent les vignerons de la région. La ligne directrice des vins de la région se veut le reflet de l’ensoleillement et de la générosité du climat qui baigne la vallée, principalement dans le Cima-Corgo et le Douro supérieur, les deux zones les plus éloignées de Porto et de l’océan Atlantique. Plusieurs vins vont tirer 14.5% d’alcool, mais à quelques exceptions près, vont conserver leur équilibre avec les tanins un peu rustiques apportés par ces raisins locaux.

Pour goûter ce qui se fait de bien dans les rouges du Douro, cherchez les vins suivants sur les tablettes de la SAQ près de chez vous pour boire plus (et mieux) du Douro.

Quinta da Romaneira

Quinta da RomaneiraLe domaine fait rêver. Une propriété d’un seul tenant de 400 hectares, avec près de 5 kilomètres de berges. Un hôtel de catégorie super-luxe (qui a fermé depuis, ce n’était pas rentable…) dans lequel on a eu la chance de passer la nuit. Des terrasses vertigineuses sur le Douro qui vues de la piscine, ressemblent pas mal au paradis sur terre…

Mais ce n’est pas tout et je ne serais pas si enthousiaste si le vin n’était pas à la hauteur lui-aussi…! La cuvée d’entrée de gamme du domaine, le Sino da Romaneira, vient d’arriver au Québec dans un arrivage Cellier et se détaille tout près de 20$. Ici, fraîcheur et simplicité est la ligne de parti et, avec ses 13.5% d’alcool sans aucune verdeur, il prouve qu’on ne doit pas payer une fortune pour avoir un vin de grande qualité.

La cuvée générale du domaine sait vieillir en beauté, comme l’a prouvé le 2005 qu’on a pu goûter sur place. Pour 27$, il ravira tout ceux qui se cherchent un vin de moyenne garde pour la cave et qui surprendra dans quelques années. J’ai bien hâte de voir dans quelques années celles que j’ai décidé d’entreposer en cave!

Si vous voyez la cuvée Reserva en importation privée, attendez les 2010. Les deux millésimes précédents sont particulièrement marqués par le bois et ce n’est qu’en 2010 que celui-ci a été significativement réduit. Encore là, le taux d’alcool est raisonnable et il réussit à allier générosité, structure et fraîcheur.

Quinta do Vale Meāo

Francisco Olazabal à Vale MeāoFrancesco Olazabal est une figure de proue de la viticulture du Douro et un descendant de Dona Maria Ferreira, un des personnages les plus importants du début du 18e siècles et qui a déjà contrôlé une dizaine de Quintas. C’est aussi là qu’a été créé un des vins portugais les plus célèbres: Barca Velha.

Vale Meāo est situé dans dans un méandre du Douro, non loin de la frontière espagnole et se distingue des autres domaines par le fait qu’il soit (relativement…) plat et situé sur du granit (plus que la moyenne des autres domaines).

Les deux vins rouges du domaine sont présents à la SAQ. En introduction, ou si vous ne voulez pas payer 75$ pour la cuvée haut-de-gamme, goûtez au Meandro do Vale Meāo 2011. L’homme est d’une passion contagieuse, qui se transmet aussi dans ses vins. Un vin généreux, fougueux et qui va droit au but. Réservez-lui une belle pièce de viande braisée et il vous le rendra bien.

Ceci dit, le Quinta do Vale Meāo 2010 se détaille environ 65 Euros dans les magasins de Porto, ce qui fait passer le prix au Québec un peu plus facilement! Si vous visez le haut de la gamme, vous faites une très bonne affaire à la SAQ!

Poças

Domaine familial établi depuis quatre générations, la gamme de vins de Poças est un des meilleurs rapports qualité-prix que l’on a croisé pendant la semaine, tant au niveau des vins de table que des Portos.

Le Corroa D’ouro est une valeur sûre, tant en blanc qu’en rouge, est toujours disponible à la SAQ et remplit parfaitement le rôle de vin de tous les jours qui ne cherche pas à se prendre pour un autre. Sous la barre des 15$ au Québec, on peut difficilement demander mieux.

En janvier prochain, on devrait voir apparaître sur les tablettes le Vale de Cavalos 2012, lui aussi autour de 20$. Une coche plus sérieux que le Corroa D’ouro, on le servira accompagné d’un filet de boeuf dans son jus avec une poêlée de champignons pour un plaisir maximal.


J’ai participé à un voyage d’une semaine à Porto et dans la vallée du Douro à l’invitation de l’Instituto dos Vinhos do Douro e Porto, qui ont payé mes dépenses et organisé le tout. Merci beaucoup à Paulo Russell-Pinto de l’IVDP et à Ryan Opaz de Catavino pour la superbe semaine. Merci aussi aux producteurs qui nous ont reçu pour leur grande générosité, à la fois en vin, en anecdotes et en temps dans cette saison post-vendanges. 

Pélerinage rapide en Bourgogne

Peu de régions capturent l’imagination autant que les grands crus bourgignons: Romanée-Conti, la Tâche, Clos de Vougeot, Richebourg et Montrachet sont des noms qui résonnent comme des notes de musique aux chanceux qui ont eu la chance de s’y tremper les lèvres. Pour les autres (la grande majorité), on peut y rêver…!

Il m’a donc été difficile de résister à faire un saut de puce du côté de la Côte d’Or après une semaine de travail au bureau de Grenoble. Au départ de l’aéroport de Lyon d’où mon vol décollait de toute manière, on peut rejoindre Beaune et le coeur de la région viticole en une heure et demie.

Une journée, c’est évidemment beaucoup trop rapide pour oser “faire le tour” de la région. Ainsi, menu allégé de visite chez deux producteurs, marche dans les grands crus et souper entre amis à Beaune. C’est toutefois suffisant pour quitter avec l’envie d’y revenir rapidement.

De Beaune en allant vers le nord, on suit la célèbre Nationale 74, connue comme la route des Grands Crus. Entourés par les vignes, on reconnaît les noms sur les panneaux de signalisation: Chorey-lès-Beaune, Aloxe-Corton, Nuits-St-Georges.

À la sortie du petit village de Prémeaux-Prissey, premier arrêt au Domaine Michèle et Patrice Rion, où on est reçus par M. Rion lui-même. Le domaine possède 6 hectares de vignes, réparties entre Nuits-St-Georges et Chambolle-Musigny. En dégustation, les coups de coeur vont aux Nuits-St-Georges 1er Cru Clos des Argilières 2007, qui offrait la grâce que seules quelques années de garde peuvent apporter. Au Québec, il reste quelques rares bouteilles du 2006 qui, même s’il se détaille près de 100$, permettra de connaître un vin exceptionnel qui sait vieillir en beauté. Dans un registre plus raisonnable, le Côte-de-Nuits Villages 2011 est tout à fait recommandable.

En continuant vers le nord, on traverse le village de Nuits-St-Georges, pour visiter et déguster chez Pascal Marchand. Ce Québécois en Bourgogne depuis une trentaine d’années fait dans la micro-négoce depuis 2006. Il depuis quelques années associé à Moray Tawse, propriétaire du vignoble ontarien du même nom. Dans les caves du XVIe siècle au centre de Nuits-St-Georges, on déguste un peu de tout ce que fait le domaine: Gevery-Chambertin (des Premier Crus, au village), Pommard, Nuits-St-Georges, pour notre plus grand plaisir. De manière générale, les vins savaient allier puissance et élégance. Mention honorable au Fixin 1er Cru Clos du Chapitre 2012, qui tout juste mis en bouteille, laissait entrevoir de très belles choses. Au Québec, on retrouve une gamme de 2006 haut-de-gamme ainsi qu’un Bourgogne Pinot Noir de l’excellent millésime 2009.

Évidemment, aucune balade en Bourgogne ne serait complète sans une petite balade dans les vignes. Armé d’une liste de parcelles à visiter et de seulement quelques heures, j’ai pu arpenter le vignoble autour de Vosne-Romanée… Au menu, le Clos des Réas (un superbe souvenir de dégustation d’il y a deux ans), la tournée des Grands Crus, Romanée-Conti, La Tâche et La Grande Rue en tête et un petit arrêt au Château du Clos de Vougeot. En joggant le lendemain matin dans les premiers crus autour de Beaune, je me suis promis de revenir plus longtemps la prochaine fois.

Merci beaucoup à Louis Letellier de Québec Millésimes et à Simon Jobin d’Importations Le Pot de Vin pour les contacts chez les producteurs visités.