The Supernatural 2014

Il faut avoir du guts pour appeler son vin The Supernatural, embouteiller le tout dans une bouteille champenoise, la fermer avec une couronne métallique (comme une bouteille de bière) et la présenter dans une étiquette qui ressemble à ça:

The Supernatural

En plus, en lisant un peu plus, on apprend que cette cuvée est faite à 100% de sauvignon blanc, dans un domaine de 4.5 hectaures situé dans l’un des terroirs les plus chauds pour ce cépage en Nouvelle-Zélande. Au niveau technique, on est dans le courant des vins natures (certification bio, levures indigènes, très faible SO2 à la mise en bouteille…). Pas étonnant que ça soit importé ici par Ward et Associés, c’est très en ligne avec le reste de leur portfolio.

Vignoble de The Supernatural (Photo: http://www.andco.co.nz/)
Vignoble de The Supernatural (Photo: http://www.andco.co.nz/)

Cette bizarre de créature vient d’arriver sur les tablettes de la SAQ dans un récent arrivage Cellier et a fait tourner bien des têtes. Par contre, n’eut été du commentaire de Nadia Fournier, je serais probablement passé à côté, n’étant pas généralement fan du caractère herbacé de ce type de vin…

Dans le verre, on a affaire à un vin qui en mène large, qui est plutôt loin de l’expression classique du sauvignon blanc néo-zélandais. On est plutôt sur des notes de fruits tropicaux et de miel. Oui, il y a une petite pointe de verdeur lors de l’ouverture de la bouteille, mais celle-ci se dissipe bien vite dès que le vin prend un ou deux degrés dans le verre. La bouche est mûre et ample, sans doute à cause du long élevage sur lies que ce vin a subi. C’est un vin qui a sa place à la fin de l’été, lorsque les soirées commencent à rafraîchir plus vite qu’on le souhaiterait…

Bref, un vin qui permet de sortir du portrait plutôt uniforme dépeint par plusieurs vignerons du pays des kiwis, et pour le mieux!

7 Beaujolais à l’aveugle

L’an dernier, j’avais écrit sur ce blog que de recommander du Brouilly de Duboeuf était une suggestion un peu plate. L’auteur n’avait pas particulièrement apprécié et j’ai donc eu l’idée d’organiser une dégustation à l’aveugle de Beaujolais afin de voir comment il pourrait se débrouiller face à d’autres vins qu’un chroniqueur pourrait suggérer en remplacement.

Le Beaujolais, dans son expression la plus pure, est un vin bourré de fraîcheur et de fruit, élaboré à base de gamay. Généralement du côté léger du spectre, les amateurs de gros shiraz australiens trouveront qu’ils manquent un peu de punch, c’est personnellement un style de vin que j’adore, qui peut se montrer à la fois gourmand, terreux, fruité, funky et épicé. Reste à faire le tri et de repartir avec la bonne bouteille.

Great Beaujolais Showdown
Great Beaujolais Showdown

Voici donc, dans l’ordre de dégustation choisi au hasard, les commentaires sur les vins servis. Pour des raisons logistiques, on a dû faire une vague de 4 vins puis une vague de 3 vins. Le hasard a regroupé les 3 produits réguliers au début de la première vague. Autrement, j’ai essayé de rassembler autant des produits disponibles dans le répertoire régulier de la SAQ et des produits un peu plus pointus, tous dans la même gamme de prix.

  1. Brouilly “Sous les Balloquets” Louis Jadot 2013
    C’est probablement le vin qui a le moins bien paru de la soirée. Il a paru muet, mince et un peu acide. Toutefois, le reste de la bouteille s’était considérablement ouvert la seconde journée, conséquence du millésime 2013. (7e place, 42 points)
  2. Brouilly Georges Duboeuf 2013
    Le classique Brouilly (transvidé dans une autre bouteille pour ne pas donner d’indices aux dégustateurs) est effectivement classique. Un beau fruité, une jolie structure en bouche, rien à redire. Ceci dit, il n’était pas terriblement excitant non plus et n’a pas réellement pris d’ampleur au cours des jours qui suivent. (6e place, 34 points)
  3. Brouilly Château de la Chaize 2013
    Belle surprise que ce vin au répertoire général de la SAQ. Le nez offre un beau fruité et la texture en bouche est particulièrement bien équilibrée, entre l’acidité et la maturité. Il a reçu deux votes de deuxième place et deux votes de troisième place. (4e place, 19 points)
  4. Beaujolais Jean Foillard 2013
    Personnellement, ce fun mon préféré de la soirée. Significativement plus funky que les trois autres, avec un petit côté terreux qui vient rehausser le tout, sans sacrifier le côté glougloutant du bon Beaujolais. Il est de loin le plus complexe de cette première vague et mérite les deux votes de première place qu’il a reçu. (2e place ex aequo, 19 points)
  5. Brouilly Pierreux Pierre-Marie Chermette 2013
    D’un producteur que j’affectionne, c’était aussi le vin le plus dispendieux de la soirée, à 25,65$. Ici, classique et droiture sont les mots clés et est à recommander pour ceux qui veulent connaître ce qu’est un Beaujolais de belle facture, tout en finesse. (2e place ex aequo, 19 points)
  6. Brouilly Georges Descombes 2013
    L’autre grand gagnant de la soirée, qui a fini sur le podium de 6 des 7 dégustateurs. Un judicieux mélange de fruits et d’épices, de puissance, de pureté et de buvabilité. Si vous parvenez à mettre la main sur une des dernières bouteilles présentes dans le réseau, n’hésitez pas une seconde. (1ere place, 14 points)
  7. Maison B Perraud Le P’tit Poquelin 2013
    Tiré de l’arrivage du 23 avril de vins nature de la SAQ, ce vin a été celui qui a récolté la plus grande gamme de votes, soit entre la 6e et la première place, comme quoi les vins nature ne laissent personne indifférents… On salue à la fois son fruité pur et son caractère joyeux, mais en même temps, la texture un peu asséchante en bouche et une finale un peu amère viennent gâcher un peu le plaisir. Pour ceux qui veulent sortir de leur zone de confort. (5e place, 21 points)

Il est important de mentionner que tous les vins s’en sont bien tirés, même ceux qui ont terminé en bas de classement.

Au final, qu’en est-il de la performance du Duboeuf? Je peux maintenant continuer d’affirmer que lorsqu’on cherche un Beaujolais de belle facture, on peut trouver mieux à prix à peu près égal. Il s’agit de bien connaître son producteur et de retenir ces noms: Descombes, Foillard et Chermette.

L’ordre des vins a été choisi au hasard et j’étais le seul à connaître l’identité des vins. J’en ignorais par contre l’ordre de service. Chaque participant était invité à classer les vins de 1 à 7 et le classement était déterminé par la somme des positions. Trois vins ont terminé à égalité en nombre de points, les votes de 1ere place ont servi de départage. 

La SAQ et le vin nature

Photo: SAQ.com
Épaulé Jeté de Catherine et Pierre Breton (Photo: SAQ.com)

Le 23 avril dernier, la SAQ mettait (enfin, dirons certains) en vente un arrivage de vins natures. Dans le lot, 5 français et un italien, auxquels il faut ajouter les deux vins Naturae de Gérard Bertrand, chez qui la notion de nature est un peu plus large… Devant l’absence de définition formelle et acceptée par tous pour le concept de vin nature, je vous invite à lire l’article Natural wine: it’s complicated, naturally écrit par Rémy Charest il y a déjà quelques années, qui fait un excellent tour d’horizon des différents points de vue sur ce type de vins.

Initialement disponibles dans une vingtaine de succursales choisies dans la province ainsi que sur SAQ.com pour minimiser le transport de ces vins plus fragiles, ils se sont assez bien vendus. Si vous pensiez que le vin nature était interdit dans votre région, il devrait probablement être possible d’en faire transférer un peu dans votre succursale, si vous le demandez à votre conseiller.

On pouvait y boire quoi dans ce premier arrivage? Un superbe Cabernet Franc de chez Catherine et Pierre Breton, aromatique et glougloutant à souhait ou du gamay au fruit croquant du Beaujolais ou de la Loire.

L’expérience a été suffisamment concluante pour la SAQ puisqu’une nouvelle vague sera mise en disponibilité dans un arrivage Cellier au mois d’octobre. Pour l’instant, on ne sait que les produits recherchés devraient être entre 18$ et 25$, un segment que la SAQ cible particulièrement. Si vous avez manqué la première vague ou si vous êtes intéressés par ce genre de produits, gardez l’oeil ouvert pour l’arrivée de cette nouvelle vague!

 

Boire généreusement pour Banques Alimentaires du Québec

Vins Généreux | Source: SAQ.com
Vins Généreux | Source: SAQ.com

Du 17 au 19 avril prochain, c’est la campagne annuelle de la SAQ Vins généreux, où la société d’État va remettre 1$ par bouteille de vin blanc vendu à Banques Alimentaires du Québec.

Déjà à sa 5e édition, cette campagne a permis de donner un coup de pouce à cet organisme qui répond à 1.6 millions de demande d’aide alimentaire par année. Si vous consultez ce blogue, vous n’avez fort probablement pas besoin de cette aide (coupez sur le vin, sinon!!), mais tous n’ont pas la même chance.

Pour donner le goût de participer généreusement à cette campagne, voici quelques vins blancs qui méritent l’attention. En plus, avec l’arrivée du beau temps, c’est le temps de faire quelques réserves!

  • Amateurs de vins blancs qui offrent une présence en bouche, découvrez le romorantin, ce cépage provenant de la vallée de la Loire. Avant uniquement une curiosité, on en retrouve de plus en plus sur les tablettes (4 au moment d’écrire ces lignes!). La cuvée François 1er du Domaine des Huards avait été mon coup de coeur du dernier Salon des vins de Québec.
  • Amateurs de vins fruités et exotiques, faites changement du Kim Crawford Sauvignon Blanc et découvrez le cépage albariño, originaire du nord-ouest de l’Espagne. Vif et aromatique, avec des notes d’agrumes et de fruits à chair blanche, il fera des miracles avec la température qui augmente ou à table avec une paella aux fruits de mer. Allez-y avec celui de Laurent Miquel, d’un arrivage Cellier récent. D’un terroir atypique pour l’albariño, c’est tout à fait délectable et sous la barre des vingt dollars.
  • Pour ceux qui cherchent une texture plus grasse dans leurs vins blancs, c’est le moment de découvrir ce que peut faire un homme qui se passe de présentations dans le monde du vin: Aubert de Villaine. Celui derrière les vins de la Romanée-Conti possède avec son neveu un domaine en Côte Chalonnaise, un peu au sud des appellations prestigieuses de la Côte d’Or. Les Clous 2012 est une introduction parfaite pour ceux qui hésitent encore à découvrir la Bourgogne ou un achat avisé pour ceux qui veulent s’éloigner un peu des prix devenus (hélas!) stratosphériques de la Côte d’Or.

Le printemps grec

Lorsqu’un amateur de vin parle d’un pays producteur qui l’enthousiasme, la Grèce vient rarement en tête de liste. Au mieux, vous tombez sur quelqu’un comme moi, qui n’hésite pas à recommander un vin grec lorsqu’un collègue demande conseil le vendredi après-midi (ne serait-ce que pour les sortir de leur zone de confort…).

Ainsi, lorsque l’agence Oenopole m’a contacté pour m’inviter à une soirée dégustation autour des vins grecs, je n’ai pas hésité une seconde. Il faut savoir que cette agence d’importation est à l’avant-poste de la mise en disponibilité des vins de la péninsule hellénique au Québec et ces vins composent environ 25% de leur portfolio! J’avais eu quelques bonnes expériences avec leurs produits, mais je ne pouvais pas m’attendre à une soirée du niveau de celle que nous avons eu.

Orientée sur la découverte des terroirs et des cépages grecs, habituellement méconnus, entre autres à cause de leurs noms intimidants… Ainsi, on a pu se familiariser entre autres avec le moschofilero, le rodvitis, l’assyrtiko et le xinomavro, pour notre plus grand plaisir gustatif. De plus, on a pu constater tout leur potentiel à table avec les (brillants!) accords d’Olivier Godbout.

Comptant pour près de 75% de toute la production grecque, les vins blancs ont tout naturellement pris les devants. On retrouve dans les blancs grecs une tension particulière et une acidité vive, ce qui peut surprendre compte tenu de l’ensoleillement qui orne les couvertures des magazines de voyage… Le sol escarpé, pauvre et bien souvent volcanique, la présence rafraîchissante de la mer, traditions millénaires de vinification. Tout est en place, il ne reste qu’à convaincre le consommateur d’y goûter!

Avec un duo de calmars grillés au paprika fumé et de crevettes épicées à l’ail, trois blancs aromatiques qui feront un malheur lors de l’ouverture de votre terrasse, maintenant que le soleil daigne se pointer le bout du nez. Le Savatiano 2013 de Papagiannakos, correct sans être spectaculaire lorsque servi seul s’est révélé lorsque accompagné du calmar grillé. Quant au moschofilero Mantinia 2013 du domaine Tselepos, il a su allier avec brio l’intensité des fruits exotiques avec un côté droit et salin qui a fait des merveilles avec les crevettes.

On a ensuite pu goûter à deux vins provenant de l’île de Santorini, un caillou volcanique du sud-est de la mer Égée. À cause de la composition du sol, le phylloxera n’a jamais pu s’y implanter et toutes les vignes sont franches de pied! L’assyrtiko y est roi et maître, et est parfois assemblé avec du l’athiri et de l’aidani…

Vignoble de Santorini
Vignoble de Santorini

On a retrouvé dans cette vague les deux stars de la soirée. Le Atlantis 2013 du Domaine Argyros, du haut de ses 18,65$, sera certainement en grandes quantités en cave pour les chaudes soirées d’été, avec ses notes de fruits exotiques et son acidité vive qui garde le tout en équilibre. Quant au Santorini 2012 de Hatzidakis, il était une grosse coche au-dessus de tout le reste. On se demande comment il est possible d’embouteiller autant de qualité pour que 23.55$. Au moment d’écrire ces lignes, il ne reste que 119 bouteilles, réparties dans une poignée de succursales. Habitants de Baie-St-Paul, Rosemère et Sorel, courez vers votre SAQ, vous ne le regretterez pas.

En rouge, c’est le Naoussa Jeunes Vignes du Domaine Thymiopoulos qui a retenu les papilles. On est ici assez proche du Piedmont que j’aime tant, avec un nez complexe de fraises, de poivre et de violettes, avec des tanins fins, mais qui ne laissent pas leur place. Confortablement sous la barre des 20$, il s’agit d’un rapport qualité-prix difficile à battre, qui saura aussi vieillir en beauté dans votre cave pour quelques années, si vous réussissez à ne pas toutes les boires d’ici-là!

Et non, on n’a pas bu de la Restina pendant toute la soirée, contrairement à ce que certains auraient pu penser! Quoique je n’aurais pas dit à un petit ouzo comme point d’orgue à cette soirée particulièrement spéciale…

Merci encore à Élisabeth Lebel d’Oenopole pour l’invitation, à Théo Diamantis pour avoir animé la soirée d’une main de maître et au Cercle de s’être donné à fond dans les accords mets et vins. Les photos de la soirée sont de mon amie Caroline Décoste qui a joué au photographe pendant que mes batteries étaient à plat.