Douro: Diversité et Assemblages

Sur la scène vinicole, lorsqu’on évoque le Portugal la première chose qui vient en tête est le fameux Porto. La renommée de la région repose en grande partie sur ce vin fortifié. Au Québec (du moins), ce qui attire le plus l’attention depuis quelques années est la qualité et le bon rapport qualité-prix des vins provenant de la vallée du Douro.

Inscrite sur la liste du Patrimoine Mondial de l’UNESCO depuis 2001, il est presque inutile de chercher des adjectifs qui pourront transmettre avec justesse la grandeur du paysage. Allons-y avec dramatique et spectaculaire mais laissons plutôt les quelques photos ci-dessous parler d’elles-mêmes…

Séparée en 3 principales zones (Baixo-Corgo, Cima-Corgo et Douro supérieur), les vins possèdent l’appellation Douro. Pourquoi pas plus précis? Dans la majorité des cas, les vignes des différents domaines s’étendent sur un dénivelé de 600 mètres, avec des orientations couvrant trois points cardinaux différents. La vallée s’étendant sur près de 150 km, sans compter les quelques affluents qui sont aussi plantés, c’est impossible d’envisager une documentation bien précise des parcelles avant quelques siècles… Ce sont les domaines qui sont mis de l’avant plutôt que les différentes parcelles comme dans le modèles bourguignon ou certains domaines américains qui font de plus en plus des cuvées Single Vineyard.

La force de la région du Douro, que ce soit au niveau de ses vins de table ou de sa production de Porto réside dans un savant mélange de cépages et de ces terroirs. Aux cinq cépages principaux (Touriga Nacional, Touriga Franca, Tinta Roriz, Tinta Barroca et Tinta Cao) viennent entre autres s’ajouter du Sousāo, de la Tinta Amarela, de la Tinta Francesa (Grenache) et du Baga, comme autant d’épices qui apportent une profondeur à une cuisine.

Dans les plus vieux vignobles, tous ces cépages se retrouvent même pêle-mêle et peuvent contenir une trentaine de cépages différents. Même si les différents cépages vont arriver à maturité à des moments différents, les domaines les traitent la plupart du temps ensemble, vendangeant cette section du vignoble lorsque la maturité moyenne est adéquate.

Vieilles vignes de variétés diverses
Vieilles vignes de variétés diverses à la Quinta do Seixo

Dans toute cette diversité de terroirs et de cépages, est-ce qu’on retrouve quand même une direction commune? Certainement, grâce au talent d’assemblage que possèdent les vignerons de la région. La ligne directrice des vins de la région se veut le reflet de l’ensoleillement et de la générosité du climat qui baigne la vallée, principalement dans le Cima-Corgo et le Douro supérieur, les deux zones les plus éloignées de Porto et de l’océan Atlantique. Plusieurs vins vont tirer 14.5% d’alcool, mais à quelques exceptions près, vont conserver leur équilibre avec les tanins un peu rustiques apportés par ces raisins locaux.

Pour goûter ce qui se fait de bien dans les rouges du Douro, cherchez les vins suivants sur les tablettes de la SAQ près de chez vous pour boire plus (et mieux) du Douro.

Quinta da Romaneira

Quinta da RomaneiraLe domaine fait rêver. Une propriété d’un seul tenant de 400 hectares, avec près de 5 kilomètres de berges. Un hôtel de catégorie super-luxe (qui a fermé depuis, ce n’était pas rentable…) dans lequel on a eu la chance de passer la nuit. Des terrasses vertigineuses sur le Douro qui vues de la piscine, ressemblent pas mal au paradis sur terre…

Mais ce n’est pas tout et je ne serais pas si enthousiaste si le vin n’était pas à la hauteur lui-aussi…! La cuvée d’entrée de gamme du domaine, le Sino da Romaneira, vient d’arriver au Québec dans un arrivage Cellier et se détaille tout près de 20$. Ici, fraîcheur et simplicité est la ligne de parti et, avec ses 13.5% d’alcool sans aucune verdeur, il prouve qu’on ne doit pas payer une fortune pour avoir un vin de grande qualité.

La cuvée générale du domaine sait vieillir en beauté, comme l’a prouvé le 2005 qu’on a pu goûter sur place. Pour 27$, il ravira tout ceux qui se cherchent un vin de moyenne garde pour la cave et qui surprendra dans quelques années. J’ai bien hâte de voir dans quelques années celles que j’ai décidé d’entreposer en cave!

Si vous voyez la cuvée Reserva en importation privée, attendez les 2010. Les deux millésimes précédents sont particulièrement marqués par le bois et ce n’est qu’en 2010 que celui-ci a été significativement réduit. Encore là, le taux d’alcool est raisonnable et il réussit à allier générosité, structure et fraîcheur.

Quinta do Vale Meāo

Francisco Olazabal à Vale MeāoFrancesco Olazabal est une figure de proue de la viticulture du Douro et un descendant de Dona Maria Ferreira, un des personnages les plus importants du début du 18e siècles et qui a déjà contrôlé une dizaine de Quintas. C’est aussi là qu’a été créé un des vins portugais les plus célèbres: Barca Velha.

Vale Meāo est situé dans dans un méandre du Douro, non loin de la frontière espagnole et se distingue des autres domaines par le fait qu’il soit (relativement…) plat et situé sur du granit (plus que la moyenne des autres domaines).

Les deux vins rouges du domaine sont présents à la SAQ. En introduction, ou si vous ne voulez pas payer 75$ pour la cuvée haut-de-gamme, goûtez au Meandro do Vale Meāo 2011. L’homme est d’une passion contagieuse, qui se transmet aussi dans ses vins. Un vin généreux, fougueux et qui va droit au but. Réservez-lui une belle pièce de viande braisée et il vous le rendra bien.

Ceci dit, le Quinta do Vale Meāo 2010 se détaille environ 65 Euros dans les magasins de Porto, ce qui fait passer le prix au Québec un peu plus facilement! Si vous visez le haut de la gamme, vous faites une très bonne affaire à la SAQ!

Poças

Domaine familial établi depuis quatre générations, la gamme de vins de Poças est un des meilleurs rapports qualité-prix que l’on a croisé pendant la semaine, tant au niveau des vins de table que des Portos.

Le Corroa D’ouro est une valeur sûre, tant en blanc qu’en rouge, est toujours disponible à la SAQ et remplit parfaitement le rôle de vin de tous les jours qui ne cherche pas à se prendre pour un autre. Sous la barre des 15$ au Québec, on peut difficilement demander mieux.

En janvier prochain, on devrait voir apparaître sur les tablettes le Vale de Cavalos 2012, lui aussi autour de 20$. Une coche plus sérieux que le Corroa D’ouro, on le servira accompagné d’un filet de boeuf dans son jus avec une poêlée de champignons pour un plaisir maximal.


J’ai participé à un voyage d’une semaine à Porto et dans la vallée du Douro à l’invitation de l’Instituto dos Vinhos do Douro e Porto, qui ont payé mes dépenses et organisé le tout. Merci beaucoup à Paulo Russell-Pinto de l’IVDP et à Ryan Opaz de Catavino pour la superbe semaine. Merci aussi aux producteurs qui nous ont reçu pour leur grande générosité, à la fois en vin, en anecdotes et en temps dans cette saison post-vendanges. 

Pélerinage rapide en Bourgogne

Peu de régions capturent l’imagination autant que les grands crus bourgignons: Romanée-Conti, la Tâche, Clos de Vougeot, Richebourg et Montrachet sont des noms qui résonnent comme des notes de musique aux chanceux qui ont eu la chance de s’y tremper les lèvres. Pour les autres (la grande majorité), on peut y rêver…!

Il m’a donc été difficile de résister à faire un saut de puce du côté de la Côte d’Or après une semaine de travail au bureau de Grenoble. Au départ de l’aéroport de Lyon d’où mon vol décollait de toute manière, on peut rejoindre Beaune et le coeur de la région viticole en une heure et demie.

Une journée, c’est évidemment beaucoup trop rapide pour oser “faire le tour” de la région. Ainsi, menu allégé de visite chez deux producteurs, marche dans les grands crus et souper entre amis à Beaune. C’est toutefois suffisant pour quitter avec l’envie d’y revenir rapidement.

De Beaune en allant vers le nord, on suit la célèbre Nationale 74, connue comme la route des Grands Crus. Entourés par les vignes, on reconnaît les noms sur les panneaux de signalisation: Chorey-lès-Beaune, Aloxe-Corton, Nuits-St-Georges.

À la sortie du petit village de Prémeaux-Prissey, premier arrêt au Domaine Michèle et Patrice Rion, où on est reçus par M. Rion lui-même. Le domaine possède 6 hectares de vignes, réparties entre Nuits-St-Georges et Chambolle-Musigny. En dégustation, les coups de coeur vont aux Nuits-St-Georges 1er Cru Clos des Argilières 2007, qui offrait la grâce que seules quelques années de garde peuvent apporter. Au Québec, il reste quelques rares bouteilles du 2006 qui, même s’il se détaille près de 100$, permettra de connaître un vin exceptionnel qui sait vieillir en beauté. Dans un registre plus raisonnable, le Côte-de-Nuits Villages 2011 est tout à fait recommandable.

En continuant vers le nord, on traverse le village de Nuits-St-Georges, pour visiter et déguster chez Pascal Marchand. Ce Québécois en Bourgogne depuis une trentaine d’années fait dans la micro-négoce depuis 2006. Il depuis quelques années associé à Moray Tawse, propriétaire du vignoble ontarien du même nom. Dans les caves du XVIe siècle au centre de Nuits-St-Georges, on déguste un peu de tout ce que fait le domaine: Gevery-Chambertin (des Premier Crus, au village), Pommard, Nuits-St-Georges, pour notre plus grand plaisir. De manière générale, les vins savaient allier puissance et élégance. Mention honorable au Fixin 1er Cru Clos du Chapitre 2012, qui tout juste mis en bouteille, laissait entrevoir de très belles choses. Au Québec, on retrouve une gamme de 2006 haut-de-gamme ainsi qu’un Bourgogne Pinot Noir de l’excellent millésime 2009.

Évidemment, aucune balade en Bourgogne ne serait complète sans une petite balade dans les vignes. Armé d’une liste de parcelles à visiter et de seulement quelques heures, j’ai pu arpenter le vignoble autour de Vosne-Romanée… Au menu, le Clos des Réas (un superbe souvenir de dégustation d’il y a deux ans), la tournée des Grands Crus, Romanée-Conti, La Tâche et La Grande Rue en tête et un petit arrêt au Château du Clos de Vougeot. En joggant le lendemain matin dans les premiers crus autour de Beaune, je me suis promis de revenir plus longtemps la prochaine fois.

Merci beaucoup à Louis Letellier de Québec Millésimes et à Simon Jobin d’Importations Le Pot de Vin pour les contacts chez les producteurs visités. 

 

Adresses gourmandes à Rome

Ah, l’Italie! Avec ses pâtes, son café, son bon vin et la gelato, c’est difficile de trouver une meilleure destination pour les gourmands. Rome, avec son statut de capitale (et de centre du monde civilisé), offre à elle seule des possibilités infinies pour qui sait bien chercher. En plus d’être débordante d’histoire, on y mange bien sans y dépenser une fortune, pour une ville de cette importance.

Voici donc, en vrac, quelques adresses glanées lors de mes trois passages dans la Ville Éternelle. Je n’ai pas la prétention d’affirmer des meilleures adresses de cette grande ville, mais ce sont tous des coups de coeur qui méritent définitivement une visite, qu’on en soit à sa première ou à sa vingtième visite de Rome! Continue reading

Carnets italiens: un après-midi chez Calabretta

À la fin d’un joli après-midi sur les flancs de l’Etna, on s’arrête au centre-ville de Randazzo, pour y faire la découverte des produits de Calabretta. Situé à une quarantaine de minutes de la station balnéaire de Taormina (ci-dessous), Randazzo est le village situé le plus près du cratère de l’Etna et forme le coeur de cette région vinicole.

Etna, depuis TaorminaSi le nom de Calabretta n’est pas nécessairement familier au Québec, il a su faire sa place dans la viticulture sicilienne. La famille produit du vin depuis le début du XXe siècle, mais il est vendu principalement aux restaurants locaux. C’est toutefois à partir de 1997 que Massimo et Massimiliano Calabretta, respectivement 3e et 4e générations de vignerons, ont décidé d’embouteiller sous leur propre nom.

Lors de notre visite, Salvatore nous a accueilli chaleureusement dans le jardin et nous a fait d’abord visiter les installations. Agrandies au fil du temps, construites sur plusieurs niveaux par la force des choses, le domaine reçoit ceux qui veulent bien visiter, sur réservation préalable. Au jour le jour, Salvatore travaille dans le chai et c’est lui qui nous mène à travers les divers étages et différents vins, Massimiliano étant retenu à l’extérieur lors de notre passage. On a la chance d’avoir quelqu’un qui a les deux mains dans le vin à longueur de journée, pas un amateur de la visite pour touristes de passage.

Dans l’échange de emails avant notre visite, Massimiliano me mentionnait que la dégustation commencerait par un tour d’horizon de 2012, tiré directement des cuves, des barriques et des botti, ces immenses barriques de 50 à 75 hectolites. On goûte ici au Nerello Mascalese avec la vigueur de la jeunesse, des fruits rouge en quantité et des tanins prédominants, bien que dans des terroirs spécifiques comme Solichiatta, il révèle une fraîcheur et un légèreté insoupçonnée. Dans sa version rosée, on a affaire à un vin sérieux qui fera certainement plus d’heureux à table qu’à l’heure de l’apéro. Les jeunes vignes sont rassemblées dans la cuvée GaioGaio, qui se veut un vin de soif, moins complexe mais qui se boit comme du petit jus.

Ce n’est toutefois pas ce que Calabretta veut principalement mettre de l’avant. L’Etna Rosso est conservé pendant 10 ans (!) dans les botti avant d’être embouteillé. Vous avez bien lu, ils passent 10 ans avant de voir les tablettes.  La verticale d’Etna Rosso, toute tirée directement des botti nous a permis de constater directement l’évolution de ce vin. D’un monstre de tanins, il évolue gracieusement tout en conservant un équilibre et une longueur impressionnante. Au bout de 10 ans, il arrive déjà mature et prêt à boire, avec sa belle robe tuilée par les années. La beauté de la chose? Le prix est raisonnable, même ici au Québec…!

Au Québec, le domaine est représenté par Oenopole et est disponible en importation privée. Au moment d’écrire ces lignes, une commande devrait arriver au Québec à la fin-octobre. On pourra ainsi mettre la main sur du GaioGaio 2010 (22$) et des magnums de Etna Rosso 2002 pour 57$. Moins cher qu’un magnum de Liano? N’importe quand!

Merci à Aurélia d’Oenopole de m’avoir mis en contact avec Calabretta. 

Carnets italiens: La gelato, c’est sérieux

Lors d’un voyage en Italie, un des grands plaisir est de se promener de village en village, à la recherche de la meilleure crème glacée. Toutes ont leur spécialité et les découvrir fait partie des grands plaisirs d’un voyage au pays de Dante.

Avec un peu d’attention, il est plutôt facile d’éviter les attrape-touristes (il y en a partout où il y a des touristes…). Un truc facile est de regarder la couleur de la gelato aux bananes: si elle est jaune, éloignez-vous rapidement, elle devrait plutôt être beige. Aussi, sauf quelques rares exceptions, les meilleurs endroits ne font que de la crème glacée et ne sont pas nécessairement sur les rues les plus touristiques et la vente de crème glacée est le point central du commerce. Dans le doute, fiez-vous aux locaux! Si l’endroit est bondé, il y a des bonnes chances que ça soit très bon!

Voici donc quelques adresses tirées de notre plus récent séjour à Rome et dans le sud-est de la Sicile.

À Rome

Tout juste débarqué du train à la station Termini, on se dirige vers I Carusotout juste au nord, derrière les termes de Dioclétien. Ici, la crème glacée est prise au sérieux, comme le démontre le calendrier des saveurs, affiché à l’entrée, tout près de la cuisine ouvertue sur la rue. Lors de nos deux visites, tout était bon, mais on se rappellera longtemps de celle à la noisette, qui offrait un équilibre parfait entre sucré et richesse. J’en ai même repris lors de notre deuxième visite.

I Caruso

Dans le Trastevere, on se dirige vers Fior de Luna. Cette gelateria et chocolaterie située à quelque pas de Santa Maria in Trastevere a eu la brillante idée de faire 3 parfums à partir de trois chocolats différents. Je n’ai pas osé prendre un mélange des trois pour bien les comparer, puisque les autres saveurs étaient toutes aussi attrayantes!

À Ragusa

C’est au coeur de la place centrale de la vieille ville de Ragusa qu’on a trouvé la gelato la plus originale (et certainement une des meilleures) de tout le voyage, chez Gelati diVini.

Gelati diVini, Ragusa

Oui, les classiques y sont, mais ce sont les saveurs qui sortent de l’ordinaire qui font courir les foules. On y fait 3 gelati à base de vin (au Passito di Pantelleria, au Moscato d’Asti et au Brachetto d’Acqui) mais le coup de coeur est venu pour celle aux amandes grillées (mandorla tostata, sur la photo) et aux figues vertes (en haut à droite). Un comptoir à découvrir et redécouvrir. De plus, l’enoteca qui jouxte la glateria offre une belle sélection de vins siciliens à des prix tout à fait décents.

À Noto

Ce qui retient l’attention dans cette ville touristique du sud-est de la Sicile n’est pas la gelato mais bien une spécialité toute sicilienne, le granité. Et on ne fait pas vraiment mieux que celui de Corrado Assenza, au Caffè Sicilia.

Caffè Sicilia, Noto

Plus rafraîchissante que la gelato, servie avec une brioche, elle forme souvent le déjeûner des Siciliens. En fin d’après-midi, alors que le soleil tape, c’est plutôt bien aussi…! Ici, on a opté pour un trio dégustation, avec des saveurs d’amande, de framboise et de fraise-tomates. Cette dernière a été ma préférée, un beau mélange d’acidité, de fruit et d’originalité (on goûtait un peu la tomate, mais ce n’était pas dérangeant du tout!). Avec la brioche, c’est un régal!

Un des grands plaisirs de l’Italie, c’est de tenter de savoir si dans le prochain village, on fait de la meilleure crème glacée que le village précédent. Toutes les excuses sont alors bonnes pour prendre encore une petite crème glacée…!