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Etna, entre lave et mer

Avant même de mettre le pied sur à Catania, l’Etna s’impose. La tête dans les nuages, sommet enneigé ou même parfois légèrement fumant, il domine le paysage. Sur la route, difficile de détourner le regard de la montagne, mais il le faut bien puisqu’on est entouré d’Italiens qui conduisent… Direction le petit village de Passopisciaro, sur le flanc nord, autour duquel se concentre la majorité des vignes de cette région qui connaît une renaissance depuis une vingtaine d’années.

L'Etna, en approche vers Catania
L’Etna, en approche vers Catania

La zone de plantation de vignes forme un croissant de lune sur les flancs nord, est et sud de l’Etna, dans une bande située entre 500 et 1000 mètres d’altitude. La majorité d’entre elles se concentrent sur le flanc nord, entre les villes de Randazzo et Linguaglossa. Le flanc nord est l’endroit de prédilection pour les rouges, avec ses fortes variations de température entre le jour et la nuit et son climat plus modéré qui permet une lente maturation du raisin. Sur le flanc est, on retrouve principalement des blancs, là où l’influence de la mer est la plus forte et la météo généralement plus pluvieuse. La maturation des cépages rouges y est même difficile. Au sud, retour d’une dominante de rouge, dans une zone qui a généralement de 2 à 3 semaines d’avance sur le reste du volcan.

Lever de soleil sur le flanc est de l'Etna
Lever de soleil sur le flanc est de l’Etna

De plus, le territoire est divisé en 135 contrade, des sous-zones de l’appellation Etna DOC qui peuvent être mentionnés sur l’étiquette, un peu à l’instar des climats en Bourgogne ou des MGA (Menzioni Geografiche Aggiuntive, des mentions géographiques supplémentaires) dans Barolo et Barbaresco. Il ne s’agit pas d’un gage de qualité, mais plutôt de provenance géographique, puisque les contrade ne sont pas classées hiérarchiquement. La renaissance de l’Etna étant relativement récente, ce classement viendra peut-être dans quelques décennies lorsqu’on aura plus d’historique sur la constance de celles-ci, mais ce n’est pas acquis non plus…. Le concept de Grand Cru et Premier Cru n’est pas ancré dans la culture vinicole italienne et son utilisation de cadre pas très bien avec la manière dont les producteurs voient leur territoire. D’une contrada à l’autre, les sols varient au gré des coulées de lave qui ont façonné l’Etna au gré des millénaires (bien que les frontières de ces contrade ne soient pas du tout calquées sur ces différentes coulées…)

La coulée de lave de 1981, avec Randazzo en arrière-plan
La coulée de lave de 1981, avec Randazzo en arrière-plan

En rouge, le cépage qui compose la presque entièreté des vins est le Nerello Mascalese, un cépage tardif parfois vendangé jusqu’en novembre, selon l’altitude à laquelle il est cultivé. Généralement peu coloré, avec une trame tannique tissée serrée et une acidité importante, on le compare souvent à un mélange de Pinot Noir et de Nebbiolo. Pour obtenir l’appellation Etna DOC, l’assemblage doit contenir au minimum 80% de Nerello Mascalese, mais il n’est pas rare de voir des vins composés entièrement de ce cépage. L’autre cépage rouge classique est le Nerello Cappuccio, peu tannique, beaucoup plus coloré et épicé, qui n’a souvent besoin que de 5% dans un assemblage pour s’exprimer.

Le cépage-roi pour les vins blancs est le Carricante, qui tire ses origines de la commune de Milo, sur le flanc est du volcan. Il y produit des vins qui rappellent la mer qui s’étend au pied du volcan: salins, avec des notes d’agrumes bien de l’avant. En vieillissant, il prend alors des airs de Riesling, avec des notes pétrolées qui viennent s’ajouter. Les autres cépages locaux, généralement utilisés en assemblage sont le Minella, le Cattarato et le Grecanico Dorato.

Vignes de Carricante chez Salvo Foti à Milo
Vignes de Carricante chez Salvo Foti à Milo, face à la mer

On retrouve présentement sur les tablettes de la SAQ des vins des millésimes 2015 et 2016, deux millésimes équilibrés, sans grande surprise pour les vignerons. En 2017, il a fait très chaud et sec, produisant des vins pluis puissants, dont le taux d’alcool est généralement élevé, atteignant sans trop de problèmes 14.5% et même parfois 15%. Heureusement, l’acidité naturelle du Nerello Mascalese permet de conserver l’équilibre. Le millésime 2018 a toutefois donné pas mal de fil à retordre, vu les importantes quantités de pluie tombées en octobre. Loin d’être prêts encore, les vins goûtés lors de Contrade dell’Etna 2019 montrent un profil un peu plus mince. Ils seront à revoir lors de leur arrivée sur les tablettes, mais l’avis général est que 2018 sera une année à boire sur la jeunesse.

Pour boire l’Etna

La sélection de vins de l’Etna au Québec est assez bien étoffée, surtout si on combine ce qui est disponible en succursale et via les importations privées. Puisque les quantités sont généralement assez petites, on retrouve ces vins en arrivages par lot dans les produits de spécialité. Lorsqu’ils arrivent, mieux vaut ne pas tarder, car le vin ne reviendra probablement pas avant le prochain millésime.

Il ne faudrait pas s’étonner des prix des vins, par contre, le travail étant difficilement mécanisable et les rendements des vieilles vignes est plutôt minimal. Toutefois, on se console en se disant que les prix pratiqués à la SAQ sont généralement en ligne avec ce qu’on retrouve dans la région, parfois même un peu moins chers qu’au centre de Randazzo…!

Vieilles vignes chez Fattorie Romeo del Castello
Vieilles vignes chez Fattorie Romeo del Castello

C’est la cuvée a’Rina de Girolamo Russo qui m’a fait tomber en amour avec les vins de l’Etna. Autrefois un pianiste classique, Giuseppe Russo a décidé de reprendre en main le domaine familial dans le courant des années 2000 et d’embouteiller le vin directement au lieu de le vendre en vrac, comme c’est souvent le cas dans la région. Il s’est depuis établi comme une figure importante sur l’Etna. La cuvée a’Rina est produite avec les plus jeunes vignes du domaine, situées sur le flanc nord.

Situé sur flanc sud-est, la maison Benanti, est un acteur important de la renaissance de la région. C’est à la fin des années 1980 que Giuseppe Benanti quitte Catania et s’établit sur l’Etna, lui aussi pour donner une nouvelle vie aux vignes familiales. Fruit d’une longue association avec Salvo Foti (l’oenologue de la fondation du domaine jusqu’en 2001, maintenant à la tête de l’association I Vigneri), les vins de la maison sont toujours élégants, fins et d’une droiture exemplaire. Les rouges vieillissent admirablement bien – comme l’a montré un Serra della Contessa 2004 goûté sur place) et le Pietra Marina est un des meilleurs vins blancs produits en Italie.

C’est en importation privée chez Vini-Vins qu’on retrouvera les vins de Chiara Vigo du domaine Fattorie Romeo del Castello. Son Allegracore est frais, vivant et sans artifices, mais il ne faut pas passer à côté de son Etna Rosato (rosé), une merveille à table et récemment choisi à l’aveugle dans le cadre de VInitaly comme un des 10 meilleurs rosés d’Italie, un accomplissement de taille pour ce petit domaine familial.

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