Une fin de semaine en Virginie: Tastecamp 2012

15 mai 2012

Conversation typique, avant de partir du bureau pour participer à Tastecamp.

- Tu pars pour Washington ce soir? Que penses-tu aller visiter?
- J’y vais pour Tastecamp. On va passer toute la fin de semaine à explorer le nord de la Virginie et à déguster le vin qui s’y fait!
- Euuuh… Il se fait du vin en Virginie?

Effectivement, il se fait du vin en Virginie et j’ai eu l’occasion de découvrir un portrait de cette région vinicole méconnue en compagnie d’une quarantaine de blogueurs provenant d’un peu partout des États-Unis et du Canada. Le but est de cette fin de semaine est de rassembler plusieurs journalistes et blogueurs dans une région en émergence et de faire rencontrer le plus de vignerons et de déguster le plus de vins possibles au cours d’une fin de semaine. Au final, une fin de semaine chargée, mais particulièrement plaisante!

Au niveau vinicole, la Virginie est la définition parfaite d’une région méconnue, pleine de potentiel mais qui manque de maturité. Méconnue, puisque peu de vins se retrouvent sur les étagères de la SAQ (il y en a seulement 2 au moment d’écrire ces lignes). Pleine de potentiel parce que les meilleurs vins goûtés au courant de la fin de semaine étaient renversants. En manque de maturité parce que j’ai eu l’impression que la région se cherchait et que plusieurs vignerons cherchent encore comment tirer le meilleur de leur terroir.

Les principaux cépages cultivées en Virginie sont les cépages bordelais rouges (cabernet sauvignon, merlot, cabernet franc, petit verdot) et, en blanc, le viognier. Signe que la région est plutôt jeune, les expériences sont nombreuses: malbec, petit manseng, nebbiolo, barbera, syrah… Comme toute expérience, les résultats obtenus sont plutôt hétérogènes.

Des belles réussites

Commençons tout d’abord par les meilleurs vins et les rencontres les plus passionnantes du weekend.

D’entrée de jeu, nous sommes reçus chez Boxwood, propriété d’anciens propriétaires des Redskins de Washington. Les moyens sont évidemment à la mesure des ambitions de la maison. Fort heureusement, l’immobilier n’est pas la seule raison d’aller visiter Boxwood.

Le groupe de Tastecamp, écoutant les explications d'Adam McTaggart, winemaker chez Boxwood

Le groupe de Tastecamp, écoutant les explications d'Adam McTaggart, winemaker chez Boxwood

Les vins montrent une vision et une direction commune. Les deux cuvées principales du domaine Boxwood et Topiary, on vise des assemblages bordelais classiques de haut niveau. Avec un consultant comme Stéphane Derenoncourt et un peu de bonne volonté, on obtient des résultats à l’avenant. Pour 25$ au domaine (39$ à la SAQ), il s’agit d’un achat avisé (ok, plus au domaine qu’à la SAQ). Le rosé ferait apparaître l’été dans à peu près n’importe quelle température et le Trelli’s, un assemblage qui varie d’année en année, au gré du millésime. Toutes des belles cuvées.

Kirsty Harmon, de Blenheim Vineyards

Kirsty Harmon, de Blenheim Vineyards

En 2010, l’été caniculaire a poussé la maturité des raisins à la limite et a souvent donné des vins à haute teneur en alcool, larges et souvent un peu lourds. C’est tout le contraire de ce qu’on a retrouvé chez Blenheim Vineyards, où Kirsty Harmon nous a servi un Cabernet Sauvignon 2010 à 13.5% d’alcool qui se vend 20$. Sa devise: « Always overdeliver ». Un gros coup de coeur pour ce domaine et cette souriante winemaker.

Le clou du weekend est sans contredit la visite de Linden Vineyards dimanche matin. Jim Law est un pionnier en Virginie et il donne l’exemple que tous les vignerons de la région devraient chercher à suivre. Ses vins sont précis, toujours en équilibre et représentent ce que l’état peut faire de mieux. Dès le début de la promenade dans le vignoble Hardscrabble, il était clair qu’il ne fallait pas manquer cette visite. Linden Vineyards fera définitivement l’objet d’un article indépendant, mais j’ai déjà hâte de partager le Hardscabble Chardonnay 2009 et le Hardscabble Red 2008 (un assemblage bordelais à dominance de cabernet sauvignon) que j’ai ramené. Aucune hésitation possible, c’était le meilleur vin du weekend.

Les campeurs dans les vignes de Linden

Les campeurs dans les vignes de Linden

Une région avec du potentiel, mais qui se cherche

La Virginie cherche à se faire un nom avec son viognier. Viginia Viognier, avouez que ça sonne plutôt bien. Ceux qui me connaissent savent que je ne suis pas un fan de ce cépage, que je trouve souvent caricatural et manquant d’acidité. Le version virginienne ne m’a pas particulièrement nécessairement réconcilié avec ce cépage. Toutefois, Barboursville Vineyards a choisi de servir un Viognier Reserve 2002 qui avait perdu son côté floral over-the-top pour faire place à plus de retenue et un côté levuré qui faisait penser à certains champagnes âgés (pour ceux qui avaient un peu d’expérience avec ce type de vin). J’ai bien aimé mon expérience, mais pas assez pour me lancer corps et âme dans le viognier, sauf peut-être le Château-Grillet que j’ai pu goûter lors du souper « Apportez votre vin ».

Lors du souper chez Breaux Vineyards (qui était par ailleurs excellent, on va se souvenir longtemps des pétoncles servies en apéro), nous avons goûté un viognier symptomatique de ce que je n’ai pas aimé de la région: l’omniprésence du bois neuf. Plusieurs vignerons se sont rendus coupables d’usage de barriques comme un ingrédient entrant dans la composition du vin, plutôt qu’un accent amené par l’élevage du vin… Lorsqu’un vin passe 18 mois en barriques neuves, on peut oublier la majorité de la complexité amenée par le fruit puisque ça sera tout masqué par les notes de vanille et de torréfaction apportées par le chêne. C’est bien dommage car souvent, on pouvait déceler que le vin aurait eu bien du potentiel n’eut été de cette épaisse couche de bois…

Finalement, l’autre aspect que j’ai remarqué est l’usage plutôt agressif d’herbicide sous les vignes. Dans la photo ci-dessous, on voit tout le ravage que peut faire le Roundup en contrastant le rang à l’avant-plan avec celui qui a été oublié juste derrière. Malgré ce que certains vous diront, je préfèrerais ne pas avoir ça dans mon vin…

De l'usage du Roundup. Tirez vos propres conclusions. (Cliquez sur l'image pour plus de détails)

De l'usage du Roundup. Tirez vos propres conclusions. (Cliquez sur l'image pour plus de détails)

Au final, j’ai aimé découvrir le potentiel de cette région qui est souvent méconnue à l’extérieur de ses frontières. Il faut que tous regardent vers les producteurs comme Linden et s’en inspirent pour mieux comprendre leur terroir et comment utiliser intelligemment les outils qui sont mis à leur disposition pour produire ce qu’une quarantaine de bloggeurs d’un peu partout sont venus tenter de trouver: du bon vin.


Le Camp du Goût et le Camp de la Bouffe

13 janvier 2012

Le printemps prochain sera occupé, avec deux évènements qui s’annoncent particulièrement intéressants.

Dans un premier temps, le 27 et 28 avril, j’assisterai à la toute première édition du FoodCamp de Québec. Initié par Francis Laplante du blog Tranchedepain, le Foodcamp se veut une journée d’ateliers et de découvertes culinaires.

Pour l’instant, le programme détaillé n’est pas connu, mais on annonce déjà le concept de trios composés d’un producteur d’aliments de base, d’un transformateur (restaurateur, chef, charcutier, etc.) et d’un producteur de boissons, alcoolisées ou non. Avec un peu de créativité, chaque trio devra mettre ses produits et son imagination en valeur plutôt que de bêtement passer au travers de la gamme de produits. J’aime bien cette idée et j’ai hâte de voir comment elle sera mise en pratique!

Les 100 premiers billets pour le Foodcamp sont en vente depuis hier au coût de 35$ en prévente pour passer à 45$ lors de la vente régulière. La journée se déroule au Château Laurier, au coeur du Vieux-Québec. Le lieu est particulièrement bien choisi puisque j’y ai admirablement bien mangé en décembre dernier lors du party de Noël du bureau…!

Une virée en Virginie

La fin de semaine suivante, c’est dans la région de Washington que je vais me trouver, pour la quatrième édition de Tastecamp. Après une édition dans les Finger Lakes et une autre dans le Niagara, c’est le nord de la Virginie qui sera cette fois-ci investi par des blogueurs vinicoles de tous azimuths, afin de découvrir cette région méconnue.

Pour ma part, je n’ai jamais bu de vins provenant de cet état et la SAQ compte présentement deux vins de la Virginie. La découverte sera donc maximale et j’ai aussi bien hâte de revoir des visages connus, provenant des éditions précédentes. Vous en entendrez parler sur ce blog c’est certain!


Un terroir en pleine adolescence

3 juin 2011

Du 13 au 15 mai dernier, j’ai participé à TasteCamp, une réunion de blogueurs vinicoles. Pour sa troisième édition, le goupe a visité la région du Niagara, des deux côtés de la frontière, après avoir visité Long Island et les Finger Lakes lors des deux éditions précédentes. Je dois admettre, qu’avant mon arrivée au Niagara, je ne connais que très peu les vins qui y sont produits, même s’il s’agit d’une des régions vinicoles les plus proches de chez moi.

Dès les premiers moments de la fin de semaine, le ton était donné. Accueillis au Château des Charmes par Paul Bosc Jr. devant une carte des différentes régions et sous-appellations de la région, nous avons pu apprécier les efforts des vignerons de bien connaître les conditions dans lesquelles ils doivent travailler. C’est en partie grâce à l’implication de l’université Brock, située à Ste-Catharines, qui a largement étudié la géologie et le climat de la région du Niagara.

Paul Bosc Jr. expliquant les terroirs du Niagara

Paul Bosc Jr. expliquant les terroirs du Niagara (Cliquez pour un agrandissement de la carte)

Au Château des Charmes, nous avons eu rendez-vous avec trois échantillons tirés de différentes barriques d’Equuleus 2010, le vin-phare du domaine. Avec différents types de barriques (barriques neuves plus ou moins toastées, de même qu’une barrique vieille de trois ans), on a pu apprécier les différences que ce traitement apporte, malgré le jeune âge évident de ce qui était servi. J’ai préféré l’échantillon avec le bois neuf moins toasté, mais il a été difficile d’évaluer un vin à ce stade de son vieillissement. Ensuite, nous avons pu goûter au produit fini, le Equuleus 2007, la preuve que des assemblages de type bordelais de bonne qualité sont possibles dans le Niagara, du moins, lors des années les plus chaudes.

Toutefois, lors de la dégustation avec plusieurs producteurs de Niagara-on-the-Lake, on a toutefois pu constater que tous n’étaient pas rendus au même niveau de maturité. Les meilleurs producteurs ont une bonne offre, mais la qualité est parfois hétérogène. Les meilleures impressions vont à l’ambitieux assemblage bordelais de Stratus, aux pinots de chez Lailey Vineyards ainsi qu’au Cabernet Franc de Ravine Vineyard.

Quand on parle de terroir, une bonne partie consiste en reconnaître le potentiel que le climat offre et ensuite travailler avec cette offre. La région est suffisamment mature pour reconnaître que le climat est plus chaud à Niagara-on-the-Lake, suffisamment pour permettre de cultiver des variétés bordelaises avec un bon degré de maturité. Sur le Bench, cette formation rocheuse en surplomb du lac Ontario à l’ouest de Ste-Catharines, le climat est un peu plus frais et on retrouve plus de chardonnay, de pinot et de riesling. Les quelques producteurs qui ont décidé de produire des variétés bordelaises sur le Bench ne m’ont pas convaincu…

Barriques chez Tawse

Barriques chez Tawse

De manière générale, j’ai préféré les vins issus du Bench. Les chardonnays de Tawse sont des produits de haut vol, en finesse et en équilibre, avec une utilisation des barriques juste à point, sans excès et sans masquer le terroir. Au Québec, on vient de recevoir une cinquantaine de bouteilles du Chardonnay Robyn’s Block 2008 qui vaut bien les 49$ demandés. Notre cher monopole offre aussi différentes cuvées Echos pour un peu plus d’une vingtaine de dollars de ce vignoble biodynamique, sur lequel je reviendrai plus en détails plus tard.

Il ne faut pas oublier non plus Le Clos Jordanne, qui produit des cuvées de haut niveau à chaque année, Vineland Estates qui nous a servi un riseling 1989 (qui se vendait 8$ à l’époque!) toujours parfaitement en vie et qui possède un des plus vieux vignobles de la région et 13th Street, un domaine d’envergure plus modeste qui produit un superbe mousseux rosé, parfait pour célébrer l’été qui approche.

Au final, on peut déterminer que la région est pleine de potentiel. Lors des meilleures années, les meileurs producteurs ont une offre de très haut niveau et les autres arrivent à faire des bien bons vins. Lors des moins bonnes années, on reconnaît tout de suite la différence entre les producteurs qui connaissent bien leur terroir et qui savent quoi en tirer des autres. La région commence à trouver un peu de maturité, tant au niveau des vignes que du savoir-faire. Après tout, le terroir, c’est bel et bien la combinaison de ces deux facteurs! Les vins dégustés pendant cette fin de semaine m’ont convaincu de garder un oeil plus attentif sur le Niagara.


En se rendant à TasteCamp North

11 mai 2011

Plus que deux jours avant TasteCamp North, une rencontre d’une trentaine de blogueurs vinicoles qui en est à sa troisième édition. Après Long Island et les Finger Lakes, c’est au tour de la péninsule du Niagara de s’ouvrir aux blogueurs.

Au menu de cette fin de semaine bien remplie, on rencontre environ 45 producteurs avec qui on aura la chance d’échanger sur leurs produits, sur leur philosophie, sur le Niagara et, peut-être, sur le fait que les Maple Leafs n’ont pas gagné la Coupe Stanley depuis 1967…

Pour se préparer et retirer le plus possible de cette course de demi-fond (pas tout à fait un sprint, pas tout à fait un marathon…), quelques étapes sont nécessaires.

Tout d’abord, on lit les entrevues réalisées par Michael Di Caro avec les différents winemakers que l’on va croiser durant la fin de semaine. Il s’agit d’un beau travail de mise en contexte qui nous permettra de se plonger plus rapidement dans le vif du sujet avec les producteurs!

TasteCamp étant aussi un événement social, on consulte la liste des participants et on essaie de tisser des liens. Il y a plusieurs figures qui me sont déjà connues, entre autres parce qu’il s’agit de vétérans des éditions précédentes. La délégation québécoise prend un peu d’ampleur avec @RemyCharest, @DavidSanterre (a.k.a @BandedesVins), @girlonwine (dont je viens de découvrir le blog) et moi-même.

Finalement, on regarde ce qu’on risque de découvrir avec l’excellente mise en bouche de Rémy sur the Wine Case. Ça donne soif, tout ça. On se revoit vendredi!


Un regard vers 2010

19 décembre 2010

Le mois de décembre est pour plusieurs l’occasion de faire un bilan de l’année qui vient de se terminer et ainsi revenir sur les belles expériences qui ont vécues au courant de l’année, et ce à tous les niveaux. Dans le monde du vin, ces moments particuliers sont la plupart du temps représentés par des bouteilles, même s’ils représentent souvent de très bons moments passés entre amis. Voici donc un regard vinicole bien personnel sur 2010 qui s’achève, en trois vins choisis parmi plusieurs beaux moments.

Heart & Hands – Blanc de Noirs Sparkling 2008

Au mois d’avril dernier, j’ai eu la chance de participer à TasteCamp EAST 2010, un rassemblement de bloggeurs sur le vin dans la région des Finger Lakes, dans l’état de New York. Trois jours à faire le tour des producteurs de la région en bonne compagnie, ça marque une année. De tous les producteurs visités. le coup de coeur va à Heart & Hands, le tout dernier producteur visité. Leur mousseux blanc de noirs, dégorgé le matin même, avec lequel fut porté le toast de conclusion TasteCamp aurait fait pâlir d’envie certains Champagnes. De plus, les pinots, à la fois le Barrel Reserve et la cuvée d’entrée de gamme, sont superbes. Dommage que leur production soit trop petite pour être exportée au Canada.

Domaine Jean Bourdy – Vin Jaune de Château-Chalon 1945

Les vins jaunes du Jura sont réputés pour leur longévité; le représentant du domaine Jean Bourdy nous a d’ailleurs confié qu’entre « 40 et 300 ans, un vin jaune commence à atteindre sa maturité ». Aussi bien dire que ces vins sont indestructibles. Dans le cadre du salon du RAPSIPAV, j’ai eu l’occasion de goûter certains vieux millésimes produits par le domaine Jean Bourdy: un Côte-du-Jura Rouge de 1952, un Côte du Jura Blanc de 1955, côte-à-côte avec le millésime courant. Le clou de cette dégustation était sans contredit le Vin Jaune de Château-Chalon 1945. D’une longueur exceptionnelle et d’une jeunesse insolente, on s’est tous senti privilégiés de pouvoir goûter à cette bouteille car l’occasion ne se représentera probablement pas. Merci!

Mestre – Cava Brut Nature Coquet 2006

La scène: pendaison de crémaillère lors de l’inauguration de notre nouvelle maison. Le reste se passe de commentaire. :) Lors de cette soirée, on a eu droit à un Gran Vina Sol 2001 et un Sociando Mallet 2007, mais c’est vraiment ce moment qui restera de cette soirée.

Merci à Jean-Pierre Lortie de m’avoir montré comment sabrer une bouteille de mousseux et à Rémy d’avoir immortalisé le moment!

Joyeux Noël à tous, en souhaitant que 2011 offre d’aussi bon moments…!