Une soirée à l’aveuglette!

Mercredi soir dernier, l’idée de tenir une dégustation le vendredi suivant est lancée sur Fouduvin.ca. Visiblement, un thème s’impose: la spontanéité. Ainsi, 48 heures après que l’idée ait été lancée, on se retrouvait autour de la table avec du bon vin en bonne compagnie. Difficile de demander mieux.

Ne voulant pas se casser la tête, l’ordre de service a été fait selon l’ordre d’arrivée des convives et tous les vins ont été servis à l’aveugle, les bouteilles étant joliement enrobées de papier d’aluminium…

Ainsi, dans l’ordre de service, nous avons eu droit à:

  1. Château La Tour de By, Médoc cru bourgeois, 2001
  2. Vina Chocalan, Gran Reserva Blend, 2006
  3. Pinot noir Staete Landt Marlborough 2008
  4. Chateau Lafleur-Gazin, Pomerol, 2004
  5. Château Mont-Redon, Châteauneuf-du-Pape, 2004
  6. En Barberon, Stéphane Tissot, Pinot noir, Côtes du Jura, 2006
  7. Propriedad H. Remondo, Palacio Remondo, Priorat, 2003
  8. Ch. des Charmes Late Harvest Riesling Niagara-on-the-Lake 2007
Alignement lors de la dégustation

Alignement lors de la dégustation

À la fin de la soirée, on a dressé notre top 3 pour le plaisir, pour la forme puisque tous les vins présentés étaient tous très rapprochés en termes de qualité. Le gagnant a été le Château Lafleur-Gazin 2004 qui avait tout pour lui: un beau Bordeaux classique qui commence à se révéler sous son meilleur jour. Une expérience qui va dans le sens des commentaires lus sur ce millésime à prime abord difficile, mais qui a produit des vins tout à fait réussis.

En deuxième place on retrouve le Pinot noir En Barberon 2006, de Stéphane Tissot. À l’aveugle, on savait que c’était du pinot, mais pas bourguignon. Du moins, pas dans le style classique. C’est finalement dans les Côtes du Jura que nous sommes atterris. Parfait pour suprendre des dégustateurs à l’aveugle, qui s’attendent à un pinot mais qui veulent être déroutés.

En dernière place, mais tout de même méritant une mention spéciale, le Vina Chocalan, Gran Reserva Blend, 2006. De manière générale, les dégustateurs étaient sur le Nouveau Monde sans vraiment plus. Ce vin chilien, un assemblage de 31% Cabernet Sauvignon, 27% Carmenère, 18% Syrah, 12% Malbec, 9% Cabernet Franc et 3% Petit Verdot. Un vin beaucoup trop jeune, mais qui possède la structure pour vieillir en beauté. J’aimerais bien revisiter ce vin dans quelques années, ça sera probablement très spectaculaire.

On reprend ça n’importe quand, même à deux jours de préavis!

Era Inzolia 2008

Era Inzolia 2008

Era Inzolia 2008

Avec plus de 350 cépages indigènes, l’Italie regorge d’opportunités pour la découverte. De plus, puisque plusieurs de ces cépages sont cultivés dans le cadre d’appellations moins connues et prestigieuses, les prix sont souvent bien honnêtes. C’est le cas du Era 2008, fait d’Inzolia et offert à la SAQ au prix de 15,45$.

On pense que ce cépage est originaire de l’oeust de la Sicile et c’est dans cette région qu’il est toujours principalement cultivé. On le retrouve aussi en Toscane sous le nom d’Ansonica où une version passerillée est faite à l’île d’Elbe. Il entre aussi dans la production du marsala doré ou ambré.

Le projet ERA est une initiative de la maison piémontaise Cantina Volpi se concentrant sur la viticulture bio, avec les certifications de tous les organismes possibles: I.C.E.A., ISO 9001/2000, BRC et IFS. Les vignobles, répartis un peu partout en Italie (Sicile, Abruzzes, Pouilles, Les Marches, Vénétie), produisent des vins qui sont tous embouteillés à la maison-mère dans le Piedmont. Bien que ça soit moins pire que le Masi Tupungato Paso Doble (vinifié en Argentine, embouteillé en Italie), on est un peu ici en contradiction avec la mission biologique que veut se donner le projet.

Nonobstant ce petit accroc à la mission du projet, ce qu’on retrouve dans la bouteille est de très bonne qualité. La SAQ qualifie ce vin avec la pastille Fruité et Vif et dans ce cas-ci, la description est tout à fait appropriée. Le nez est expressif, avec des notes d’agrumes et de pommes vertes. La bouche est cohérente et est bien équilibrée par l’acidité qui nous accueille en début de bouche. Somme toutes, il ne s’agit pas d’un vin bien complexe, mais rien n’accroche et on en redemande, surtout à ce prix!.

★★☆☆☆ – Code SAQ: 11015638 – 15,45$

Deux bonnes affaires portugaises

On entend souvent parler de bons p’tits vins de semaine, expression désignant des vins simples, pas chers sans prétention, mais tout de même bien faits et réconfortants. L’expression a beau être usée à la corde, on l’utilise régulièrement pour décrire une catégorie bien précise de produits provenant souvent de pays (ou de régions) émergents sur la scène viticole. Voici deux vins portugais dégustés récemment, fiers représentants de cette classe de vins informelle.

Vinho Regional Estremadaura Roaz Reserva 2006

Vinho Regional Estremadaura Roaz Reserva 2006

Le Vinho Regional Estremadura 2006 Reserva Roaz, séduit tout d’abord par son prix, vendu 12,15$ à la SAQ, mais presque toujours disponible à la SAQ Dépôt ce qui permet de réduire son prix de 15%. Fait à parts égales de Tinta Roriz et de Castelão, deux cépages autochtones portugais, le vin déborde de fruits mûrs supportés par des tannins bien présents sans être trop agressifs. On ne pourrait s’opposer à la classification par la SAQ de ce vin comme Fruité et Généreux, car il en donne effectivement beaucoup pour son prix. À déguster avec un bon spag, un mercredi soir frais du mois d’octobre. Le millésime 2007 est présentement sur les tablettes et tout semble indiquer qu’il est en ligne avec le 2006 dégusté ici.

★★½☆☆ – Code SAQ: 10325221 – 12,15$

Provenant aussi de l’Estremadaura, le Vinho regional Estremadura Quinta de Bons-Ventos 2006 se positionne aussi comme un excellent rapport qualité-prix provenant de cette région centrale du Portugal. Il s’agit d’une salade de fruits composée de Castelão, de Camarate, de Tinta Miúda avec une petite touche de Touriga Nacional. Encore une fois, tous des cépages autochtones portugais qui donnent au vin une personnalité, tout comme le Roaz, ce qui est trop rare pour des vins de cette gamme de prix.

Le fruit domine toujours, mais c’est le côté épicé qui joue ici les seconds violons. Le vin est un peu moins bien équilibré que le Roaz, du fait de son acidité qui m’a paru plus faible. On ne se casse pas la tête et on accompagne ce vin d’une des dernières grillades de la saison. Encore une fois, c’est le millésime 2007 qui est sur les tablettes.

★★☆☆☆ – Code SAQ: 10269388 – 12,10$

Pour un vin un peu plus complexe, la même maison produit le Palha-Canas, qui mérite d’être expérimenté, pour seulement 4$ de plus.

Le Portugal se positionne de plus en plus comme une région viticole d’où provient de très bons vins au prix plus que raisonnable, comme en fait foi cet article paru sur PalatePress. À la lumière de ces deux vins, on doit en conclure qu’on peut y faire de très belles découvertes, le tout sans se ruiner!

Cosme Palacio Consecha Rioja 2006 – Prise 2

Cosme Palacio y Hermanos - Rioja 2006

Cosme Palacio y Hermanos - Rioja 2006

Au mois d’avril dernier, j’avais commenté le Cosme Palacio Consecha 2006, un vin de la Rioja, au nord de l’Espagne. À l’époque, le caractère qui était ressorti en avant-plan était le fruit, avec des accents apportés par les barriques de chêne neuves utilisées lors de la vinification.

Lors d’une seconde dégustation cette semaine, les rôles étaient inversés. Les notes dominantes étaient beaucoup plus sur le bois (cèdre, voire même un bon vieux 2 par 4) et le fruit était presque absent au nez. En bouche, c’est similaire, avec un profil très typé bois, tabac avec peu de tanins. Les saveurs sont toutefois franches et bien intenses, comme on pourrait s’y attendre.

Deux explications pour cette différence entre les deux dégustations. Dans un premier temps, lors du souper de Pâques auquel il avait été servi la dernière fois, il était accompagné sur la table par un Ménage à Trois, de la Californie. Ce vin au profil très vanillé, rond et on ne peut plus moderne ne m’a pas du tout plu et a fait passé le boisé du Cosme Palacio comme étant tout à fait raisonnable.

L’autre explication serait que depuis le mois d’avril, mes goûts ont changé légèrement. Un régime de vins italiens avant, pendant et après mon voyage de cet été m’a peut-être modifié le palais et ce que j’attends dans un vin. Plus de finesse, plus d’acidité et un jus beaucoup plus sur le fruit semblent être parmi mes critères récemment. Si ça continue, je vais bientôt tomber dans le pinot, ce qui ne semble pas une mauvaise idée en soi…

★★☆☆☆ – Code SAQ: 00237834 – 17,60$

Willm Riesling Réserve Alsace 2007

Riesling Willm 2007

Riesling Willm 2007

Ce vin blanc d’Alsace est à ranger définitivement dans la colonne des bons rapports qualité-prix. Tout d’abord, en tant que produit régulier, on le retrouve assez régulièrement à la SAQ Dépôt, ce qui donne un rabais de 15% supplémentaire lors de l’achat de 12 bouteilles (mixtes…).

Toutefois, le prix n’est pas la seule qualité de ce vin. Fondée en 1896, la maison Willm commercialise ses vins élaborés à partir des cépages alsaciens classiques: Sylvaner, Pinot Blanc, Riesling, Muscat, Pinot Gris, Gewurztraminer et Pinot Noir. Les vins Réserve, d’entrée de gamme, se veulent principalement une expression du cépage qui les composent.

Sous la robe jaune très pâle de ce riesling se cache un vin très aromatique. D’abord servi un peu trop froid, il a révélé en se réchauffant de très belles notes florales et d’agrumes, sans tomber dans l’excès.

L’attaque est vive et bien franche, l’acidité et le caractère minéral prennent alors l’avant plan. Je les aurais souhaités un peu plus en retrait afin de mieux conserver la continuité avec les notes qu’on retrouve au nez. Celles-ci réapparaîssent dans la finale, alors que le choc provoqué par l’acide est un peu passé.

Il s’agit d’un vin qui se laisse boire tout à fait facilement, particulièrement lors des trop rares belles journées de l’été. Parfait pour accompagner les sushis, nous avons pour notre part servi le Riesling Willm avec un tartare de saumon aux saveurs asiatiques et l’accord mets-vin était bien réussi aussi.

Bref, il s’agit d’un riesling tout ce qu’il y a de plus honnête, qui offre tout ce qu’on peut demander d’un vin à ce prix. De la même maison, le pinot gris est aussi tout à fait respectable et est légèrement supérieur au McWilliam’s Hanwood Estate dégusté récemment.

★★★☆☆ – Code SAQ: 00011452 – 17,50$