Deux vins blancs atypiques

16 novembre 2009

On lit souvent que les fromages s’agencent mieux avec les vins blancs. L’accord est même moléculairement correct selon ce qui est présenté par François Chartier dans Papilles et Molécules. Ainsi, lors d’un vin et fromages entre amis il y a quelques semaines, nous avons pu valider cette affirmation avec deux vins totalement différents.

Château Pajzos Tokaji Furmint 2007

Château Pajzos Tokaji Furmint 2007

Tout d’abord, le Furmint Tokaji Château Pazjos 2007 présentait sa robe jaune pâle aux invités. Il s’agit d’un vin blanc sec, provenant d’une région réputée pour ses vins liquoreux, au nord-est de la Hongrie. On laisse ici fermeter le furmint jusqu’à ce que le sucre soit totalement transformé en alcool, puis le vin est vieilli en cuves inox (fort probablement, pour une durée inconnue) avant d’être mis en bouteilles.

Le résultat est un bon petit vin, pas très complexe, d’un équilibre certains. Pour 13,70$, il s’agit d’un très bon rapport qualité-prix et venait complémenter les fromages plus doux tels le chèvre frais et le jeune gouda.

★★½☆☆ – Code SAQ: 860668 – 13,70$

Servi en parallèle, le Domaine Les Brome Vidal Réserve 2006 avait été choisi comme le vin déroutant de la soirée. Personne n’avait d’expérience préalable avec des vins blancs secs du Québec, encore moins avec le Vidal.

Le Vidal Blanc est un cépage hybride français-américain, cultivé aux États-Unis et au Canada et qui est particulièrement bien adapté au climat nordique. Récolté très tard à la mi-novembre, le Réserve Vidal est fermenté à basse température sur sa lie, directement en barriques neuves américaines, puis bâtonné pendant trois mois pour maintenir la lie en suspension.

Il en résulte un vin au nez extrêmement puissant, dominé par les notes boisées de la barrique. On retrouve certes en appui des notes florales, de fruits exotiques et de miel, mais on sent la main du vigneron à l’avant-plan. La complexité est présente, à la fois au nez comme en bouche et la longueur est bien respectable.

Avec ce caractère « In your face », on ne peut pas rester indifférent face à ce vin. Bien qu’il ne soit pas mon type de vin préféré (je préfère un peu plus de subtilité et un peu moins de boisé), il est ressorti gagnant de cette vague pour sa fougue et son caractère. À table, il sait tenir tête aux fromages avec plus de corps, tel un Oka ou un St-Paulin. L’accord est aussi surprenant avec un fromage bleu plutôt modéré.

★★½☆☆ – Code SAQ: 10919707 – 22,45$

Nino Franco Faive 2007

8 novembre 2009

Nino Franco Faive 2007

Nino Franco Faive 2007

L’arrivage Cellier de novembre 2009 propose une sélection de vins mousseux du monde entier. On cherche à faire découvrir des bulles provenant d’un peu partout, mais pas de champagne. Lors d’une soirée dégustation vins et fromages (sur laquelle je reviendrai plus tard…), nous avons servi un mousseux de cet arrivage pour l’apéro: le Nino Franco Faive 2007.

Principalement reconnue pour son prosecco, la maison Nino Franco est présente en Vénétie depuis 3 générations.

En marge de l’appellation DOC Prosecco, Nino Franco propose ici un mousseux rosé composé à 80% de Merlot et 20% de Cabernet Franc. La couleur est extraite par une courte macération des raisins sur leurs peaux. Ensuite, la méthode champenoise est appliquée, à savoir une première fermentation en cuves inox puis une seconde fermentation en bouteilles.

Dans le verre, on ne se prend clairement pas la tête. On note tout d’abord la fraîcheur et l’acidité bien enveloppée par les notes fruitées apportées par les cépages rouges. C’est agréable et se laisse boire tout seul. Parfait en apéro pour ses bulles fines et son caractère rafraîchissant. Apprécié par tout le monde présent lors de notre souper, il servira de belle introduction pour les partys des fêtes, offrant une alternative originale à la Blanquette de Limoux, bien bonne mais souvent servie machinalement année après année.

★★½☆☆ – Code SAQ: 11140720 – 22,95$


Un souper vigneron à l’Aviatic Club avec Mission Hill

16 septembre 2009

Dans le cadre du Salon des Vins et Spiritueux de Québec 2009 en mars dernier, la ville de Québec a reçu la visite de plusieurs vignerons qui, associés au restaurateurs de la Capitale, ont produit plusieurs expériences gastronomiques de haut niveau. Lorsque j’ai reçu une invitation de dernière minute d’un ami blogueur pour l’un de ces soupers, j’ai sauté sur l’occasion. Moins d’une heure plus tard, j’étais en bonne compagnie à l’Aviatic Club pour une soirée dont la thématique était simple: en compagnie d’Ingo Grady, director of wine education (quel beau titre!) chez Mission Hill Estate, le chef de l’Aviatic Club, Jean-François Houde, a concoté un menu en accord articulé autour de 5 des vins du domaine.
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Les vins d’Andrea Sottimano: la passion du terroir

25 juillet 2009

À notre arrivée au vignoble Sottimano, j’étais nerveux. Il s’agissait de notre première visite chez un producteur du Barbaresco de notre voyage, et on commençait par la visite que j’anticipais le plus. Dans les courriels que nous avions échangés, grâce au contact fait par André Papineau de chez Vinealis, Andrea Sottimano m’avait paru tout à fait sympathique. Pourtant… j’étais nerveux dans l’auto…!

Pour cause… Voici ce qu’en disait le guide Gambero Rosso, dans leur édition de 2007 à propos de la maison Sottimano.

« A visit to the Sottimano estate on the border of the municipalities of Neive and Barbaresco, and a chat with young Andrea and his father, Rino, reveal the clear-headedness, care, research and enthusiasm that they bring to their work in the vineyard and cellar. They have 14 hectares planted to vine that they run with the help of the rest of the family. But proof of the Sottimano pudding is in our tatstings… The wines presented were excellent and revealed a technical expertise based on skilful use of small barrels and examplary stylistic precision and cleanliness. »

Heureusement cette nervosité a vite disparu en pénétrant dans le vignoble familial, où nous avons été accueillis par la soeur d’Andrea, preuve que le vignoble est une entreprise bien familiale. Les vendanges, s’étirant sur une vingtaine de jours, sont ainsi complétées avec moins d’une dizaine de personnes, plus de la moitié étant des membres de la famille!

Nous avons ensuite été entraînés dans la cave et dans les chais par Andrea, le vigneron et meneur de cette entreprise familiale, sous la maison sise à Cotta’. « Mon père a acheté la maison pour la cave uniquement. Des voûtes comme ça, ça n’a pas de prix! » nous confie-t-il dans un joyeux mélange de français et d’italien. Les voûtes sont en effet idéales pour le vieillissement du vin, avec une température stable, mais surtout une humidité très importante.

Vieilles bouteilles de 1975 en garde chez Sottimano, réserve personnelle d'Andrea pour les belles occasions.

Vieilles bouteilles de 1975 en garde chez Sottimano.

Sous les voûtes sont alignés les barriques contenant les vendanges précédentes, qui vieillissent tranquillement. Les barriques sont fabriquées par la maison bourguignonne François Frères, qui approvisionne aussi les grands domaines de la Bourgogne. Seulement 25% de barriques neuves sont utilisées dans l’élevage (et elles sont réutilisées jusqu’à 4 passages), mais elles demeurent un aspect important du travail aux chais. En étroite collaboration avec les tonelliers, les vins sont goûtés et les compositions des barriques sont ajustées, car il n’existe pas une recette unique. « C’est comme un vêtement, il ne va pas de la même manière à tous ».

Tous les Barbarescos de la maison sont donc vinifiés de manière identique. La fermentation et la macération se fait pendant environ 18 jours, sans levures sélectionnées, après quoi le vin est vieilli en barriques pendant 18 à 20 mois. Aucun filtrage ni collage n’est effectué avant la mise en bouteilles.

Andrea Sottimano, en pleine explication. Photo: http://www.lafite.dk/

Andrea Sottimano, en pleine explication. Photo: http://www.lafite.dk/

La même philosophie prévaut dans les champs. Bien qu’ils ne soient pas certifiés bios, aucun pesticide ou engrais artificiel n’est utilisé et les maladies de la vigne sont traitées avec des produits « eco-friendly ». L’intervention de l’homme se veut minimale dans le but de garder le plus possible l’expression du terroir dans le vin.

En ce sens, le Piedmont et la Bourgogne se ressemblent beaucoup. Les deux régions travaillent en monocépage, avec un cépage ne donnant que très peu de coloration au vin (le nebbiolo en Italie et le pinot noir en France). Comme on a pu le constater dans notre dégustation, les deux régions misent aussi sur la finesse et l’élégance plutôt que la puissance. On a aussi pu constater les différences entre les terroirs, une autre chose chère à la fois aux Bourguignons et au Piedmontais.

La visite s’est ensuite poursuivie dans la salle de dégustation. Des 6 vins qui nous attendaient, les deux premiers sont disponibles à la SAQ. Les autres sont peuvent être commandés en importation privée via Le Maître de Chai, l’agence d’importation de Sottimano au Québec.

  • Le Dolcetto Bric del Salto 2008 m’est apparu tout sur le fruit, comme il se doit pour un bon dolcetto. C’est le seul des vins de la maison qui ne voit pas le bois au cours de son élevage, afin de préserver ce fruit au maximum. En bouche comme au nez, c’est frais et vivifiant et très bien fait. Le millésime 2007 s’est mérité un 90 du Wine Advocate et puisque j’ai goûté les deux lors du voyage, je peux affirmer que j’ai préféré la version 2008, à cause du fruit qui est encore plus présent. ★★★½☆
  • Ensuite, le Barbera d’Alba Pairolero 2007. Élégant avec une belle minéralité, le vin présente le nez exhubérant qu’on retrouve dans des barberas bien faits. C’est un vin avec une belle structure tannique et une concentration de fruits mûrs importante. Le millésime 2006 s’était lui aussi mérité une note de 90 de la part du Wine Advocate. Un superbe barbera qui sera à son meilleur avec un beau plat de viande. ★★★½☆

La dégustation se poursuit ensuite avec les barbarescos de la maison et avec les explications d’Andrea Sottimano, qui parle avec passion de ses terroirs en les pointant sur la carte. Puisque tous ces vins sont vinifiés de la même manière, on a donc dans notre verre uniquement la différence entre les différents vignobles de la maison.

  • Tout d’abord, on commence avec le Barbaresco Fausoni 2006, qui avait été ouvert l’avant-veille. Situé près du village de Neive, ce terroir présente une élégance et un bouquet typique du nord du Barbaresco. Les tannins sont fins et on a une belle longueur en bouche. ★★★★☆
  • Ensuite, on passe au Barbaresco Pajoré 2006, lui aussi ouvert l’avant-veille. En contraste avec le Fausoni, le Pajoré, situé plus au sud dans la commune de Treiso, est plus sérieux, plus droit et plus austère. En bouche, c’est soyeux et élégant et très bien fait. Il a beaucoup de potentiel et nécessitera un peu de temps pour livrer son plein potentiel. ★★★½☆
  • On passe ensuite au Barbaresco Cotta’ 2006, vignoble situé dans le sud de la commune de Neive, attenant à la cantina. Beau mélange des terroirs de Fausoni et de Pajoré. On y retrouve les notes florales et la texture soyeuse du Fausoni et l’élégance et la finesse du Pajoré. Le millésime 2205 de vin s’est mérité la note maximale de « Tre Bicchieri » de la part de la bible des vins italiens, le Gambero Rosso. Pour ma part, il s’agit de mon préféré de la série des Barbarescos qui nous ont été servis et qui se mérite amplement les ★★★★½ qu’on lui donne ici.
  • On termine avec le millésime 2001 du Fausoni, ouvert l’avant-veille. Bien qu’il ait perdu un peu de son ampleur au nez, la bouche est toujours aussi soyeuse et élégante. Compte tenu que ce vin de près de 8 ans est ouvert depuis deux jours et qu’il offre toujours aussi de plaisir montre sans aucun doute que les vins peuvent tenir la route encore un certain temps. ★★★★☆

Ces moments passés en compagnie d’Andrea Sottimano resteront parmi les souvenirs les plus durables de notre voyage en Italie que j’espère me remémorer lors de l’ouverture des bouteilles que j’ai ramené à la maison.

Grazie mille, Andrea.


Dégustation Cellier – Les beaux barolos 2004

9 juin 2009

Lors du dernier arrivage Cellier, surnommé Objectif Monde, les arrivages était plutôt hétéroclites. Toutefois, neuf de ces vins étaient issu de l’appellation Barolo, au nord-ouest de l’Italie.

Située au sud d’Alba, la zone d’appellation contrôlée (DOC) du Barolo a tété établie en 1966, bien que des vins sont faits dans cette région depuis la nuit des temps. Ce n’est toutefois qu’au milieu du 19e siècle, avec le comte de Cavour, que la région a acquis ses lettres de noblesse.

La DOCG de Barolo couvre maintenant 1200 hectares, réparties entre près de 130 producteurs différents. On retrouve donc trois types d’appellations: les barolos génériques, les appellations communales et les crus. En passant d’une catégorie à une supérieure, les raisins viennent d’une zone toujours plus délimitée. Par exemple, les raisins dans un Barolo générique peuvent venir d’un peu n’importe où dans l’appellation, ceux d’un vin de Serralunga d’Alba viennent autour du village du même nom, tandis que les raisins composants un Brunate viennent d’une petite pente située à 1200 pieds d’altitude au sud du village de La Morra.

Dans le Piedmont, l’année 2004 est qualifiée de grand millésime par plusieurs. Robert Parker, dans The Wine Advocate, donne une note générale de 96 points au millésime, Decanter donne 4 étoiles et Wine Enthusiast donne 93 points. Inutile de dire que les vins sont dégustés en jeunesse, alors que les Barolos sont souvent appelés à vieillir plus de 10 ans avant de livrer tout leur potentiel.

Barolo, Beppe 1977@Flickr.com

Barolo, Beppe 1977@Flickr.com

En ce sens, on est alors très proche de la Bourgogne, avec ces vignobles morcelés en différentes appellations et producteurs. Les vins sont aussi dans l’esprit bourguignon. Pour reprendre les mots d’Andrea Sottimano, producteur dans L’appellation Barbaresco, toute proche: « On est capable, les Bourguignons et nous, de vivre avec cette couleur pas trop soutenue: on préfère la finesse et l’élégance à la puissance« .

Les Barolos de l’arrivage Cellier de la SAQ représentent bien cet aspiration à la finesse plutôt que la recherche de la puissance à tout prix. Les vins commentés ont été dégustés à l’occasion d’une dégustation thématique en prévision de l’arrivage Cellier, organisée par le dynamique Jean-Pierre Lortie de la succursale Jean-Lesage, à Québec.

On ne se concentre ici que sur les 5 que j’ai trouvé les meilleurs. Les autres, bien que bons, n’étaient pas selon moi aussi bien faits que ceux présentés ci-dessous. Le Beni de Batasiolo, le moins cher de l’arrivage, paraissait effectivement le plus simple tandis que le Monprivato Mascarello, le plus cher de l’arrivage à 122$, ne m’a pas du tout plu avec un nez faisant penser à la moufette.

  • Cerequio Michele Chiarlo Barolo 2004 – 75,00 $
  • L’un des deux crus de Michele Chiarlo présentés dans cet arrivage et de manière générale, le vin le mieux fait de l’arrivage. Finesse, élégance, beaux tannins serrés, fruit pur, cerise et cassis, fait pour la longue garde mais tout de même agréable dès maintenant: tout y est. Bravo. ★★★★½

  • Ornato Pio Cesare Barolo 2004 – 95,00 $
  • La cuvée haut-de-gamme de Pio Cesare, un cru situé près de Serralunga d’Alba, au sud-est de l’appellation. Les vins issus de cette commune sont habituellement un peu plus concentrés en raison du terroir un peu moins fertile. L’Ornato de Pio Cesare n’en est toutefois pas un monstre de concentration. Des belles notes de cuir et de prune et les éternels tanins du Barolo rendent ce vin particulièrement agréable. ★★★★☆

  • Monvigliero Mauro Sebaste Barolo 2004 – 40,75 $
  • Un cru mineur, situé dans l’extrême nord du Barolo, nous offre LE rapport qualité-prix de cet arrivage. Coté à 94 points par Wine Spectator, on comprend pourquoi lors de la dégustation. Assez moderne et très accessible malgré son jeune âge, c’est le vin que je recommanderais pour découvrir (ou faire découvrir) l’appellation. Très réussi. ★★★★☆

  • Brunate Michele Chiarlo Barolo 2004 – 64,00 $
  • Le second cru de Michele Chiarlo offert lors de cet arrivage, il m’a semblé légèrement plus fermé que le Cerequio. Il a un peu souffert de la comparaison puisqu’il a été servi immédiatement après le Cerequio. Tout de même, il s’agit d’un beau Barolo au profil plutôt classique avec des notes de tabac, de cuir avec des accents fruités. ★★★½☆

  • Pio Cesare Barolo 2004 – 57,00 $
  • Servi à l’aveugle, le détenteur de la 6e position du dernier palmarès Top 100 du Wine Spectator, n’a cessé d’évoluer au courant de la soirée. On a tout d’abord identifié le nebbiolo, mais la concentration du vin faisait penser qu’on pourrait plutôt y trouver un peu de barbera. au courant de la soirée, le nez a évolué pour finalement ressembler pas mal à celui de l’Ornato de la même maison. Mérite les critiques élogieuses qu’il a reçu. ★★★★☆